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GABON

 

 

 

 

 

 

 

Gabon

Nom officiel : République gabonaise


État d'Afrique centrale baigné à l'ouest par l'océan Atlantique, le Gabon est limité au sud et à l'est par le Congo, au nord par le Cameroun et au nord-ouest par la Guinée équatoriale.
*         Superficie : 268 000 km2
*         Nombre d'habitants : 2 341 179 (2021)
*         Nom des habitants : Gabonais
*         Capitale : Libreville
*         Langue : français
*         Monnaie : franc CFA
*         Chef de l'État : Ali Bongo
*         Chef du gouvernement : Alain Claude Bilie-By-Nze
*         Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
*         Constitution :
    *         Adoption : 14 mars 1991
    *         Entrée en vigueur : 26 mars 1991
    *         Révisions : mars 1994, septembre 1995, avril 1997,octobre 2000, août 2003, janvier 2011
Pour en savoir plus : institutions du Gabon
STATISTIQUES : DÉMOGRAPHIE
*         Population : 2 341 179 hab. (2021)
*         Densité : 8 hab./km2
*         Part de la population urbaine (2022) : 90 %
*         Structure de la population par âge (2022) :
*         ● moins de 15 ans : 36 %
*         ● 15-65 ans : 60 %
*         ● plus de 65 ans : 4 %
*         Taux de natalité (2022) : 27 ‰
*         Taux de mortalité (2022) : 7 ‰
*         Taux de mortalité infantile (2022) : 29 ‰
*         Espérance de vie (2022) :
*         ● hommes : 63 ans
*         ● femmes : 68 ans
Plus de 90 % des habitants vivent en milieu urbain, principalement à Libreville et à Port-Gentil. La croissance démographique a été très soutenue ces dernières années, mais l'espérance de vie reste faible (66 ans).
STATISTIQUES : ÉCONOMIE
*         GÉNÉRALITÉS
*         PNB (2021) : 17 milliards de dollars
*         PNB/hab. (2021) : 6 440 dollars
*         PNB/hab. PPA (2021) : 12 800 dollars internationaux
*         IDH (2021) : 0,706
*         Taux de croissance annuelle du PIB (2021) : 1,5 %
*         Taux annuel d'inflation (2020) : 1,2 %
*         Structure de la population active (2020) :
*         ● agriculture : 32,4 %
*         ● mines et industries : 10,8 %
*         ● services : 56,8 %
*         Structure du PIB (2021) :
*         ● agriculture : 6,0 %
*         ● mines et industries : 50,9 %
*         ● services : 43,1 %
*         Taux de chômage (2021) : 22,3 %
*         Tourisme
*         Recettes touristiques (2001) : 7 millions de dollars
*         Commerce extérieur
*         Exportations de biens (2009) : 5 218 millions de dollars
*         Importations de biens (2009) : 2 022,8 millions de dollars
*         Défense
*         Forces armées (2019) : 7 000 individus
*         Dépenses militaires (2021) : 1,7 % du PIB
*         Niveau de vie
*         Incidence de la tuberculose pour 100 000 personnes (2021) : 513
*         Part en % des richesses détenues par les 10 % les plus élevés (2021) : 58,7 %
*         Part en % des richesses détenues par les 50 % les moins élevés (2021) : 2,0 %
*         Dépenses publiques d'éducation (2020) : 3,2 % du PIB
Si le pétrole — dont les réserves s'amenuisent — reste la principale ressource du Gabon, le pays cherche à diversifier son économie. Ses principaux partenaires commerciaux sont la Chine, l'UE, dont la France, son premier fournisseur, les États-Unis et l'Inde. Après une reprise en 2019 , tirée par le secteur minier (dont le manganèse), l'exploitation du bois (2e secteur économique du pays) et l'agro-industrie,la baisse du prix du baril et les effets de la pandémie de Covid–19 entraînent une récession en 2020, avant un rebond estimé à 2,7 % en 2022, tandis que le taux de pauvreté (seuil de 6,85 $/j) dépasse 33 %. .
GÉOGRAPHIE
Vaste comme la moitié de la France et correspondant au bassin de l'Ogooué, le Gabon est un pays peu peuplé, au climat équatorial, chaud et humide. Il est recouvert par la forêt dense, dont l'exploitation constitue une ressource importante, à côté des industries extractives (uranium, manganèse, fer et, surtout, pétrole, base des exportations, mais aujourd'hui en déclin).
1. Le milieu naturel
1.1. Le relief
Sur la majeure partie du territoire affleure le vieux socle africain constitué de granites ou de roches plus ou moins métamorphisées. La pénéplaine granito-gneissique qui avait nivelé l'ensemble a subi une érosion vigoureuse ; d'où un relief assez confus, où s'opposent des formes lourdes de plateaux ou des sommets arrondis, et des vallées aux versants raides en aval des rapides et des chutes. L'altitude se tient généralement entre 500 et 800 m sur le plateau du Woleu-N'Tem et dans le haut Ivindo : l'énorme batholite de granit des monts Du Chaillu, au sud, approcherait 1 600 m au mont Iboundji. À l'est de Franceville, les sables Batéké, modelés en plateaux et en collines, recouvrent les roches anciennes. La bordure occidentale du socle se relève au nord-ouest en bourrelet (les monts de Cristal) et au sud-ouest en une série de crêtes appalachiennes (le Mayombe). Les terrains anciens disparaissent sous les sédiments secondaires et tertiaires du bassin côtier, dont les collines basses et les plaines marécageuses s'achèvent sur un littoral varié.
Au nord du cap Lopez, le littoral est découpé par de grandes baies ou finissent de courts fleuves à estuaire (baie de Corisco, baie du Gabon, baie de Port-Gentil).
Au sud du cap Lopez, les rivages sont rectilignes, peu hospitaliers, et une série de flèches sableuses ont isolé de multiples lagunes (dont Fernand-Vaz et Setté-Cama).
1.2. Le climat
Traversé par l'équateur, le Gabon a un climat chaud, où les températures sont régulières (Libreville : 26,6 °C ; amplitude annuelle moyenne : 2,7 °C). Si les maximums restent modérés, l'humidité atmosphérique est constamment élevée ; les pluies sont presque partout supérieures à 1,50 m (1,67 m à Mékambo ; 2,70 m à Libreville). Elles sont plus abondantes à l'époque des équinoxes, et une véritable petite saison sèche se dessine entre juin et août. Mais les variations interannuelles sont accentuées, surtout dans l'ouest du pays. La forêt dense, qui couvre 85 p. 100 de la superficie du territoire, offre un aspect classique (étagement de la végétation, multiplicité des espèces, strate herbacée peu abondante) et constitue l'une des grandes richesses du Gabon grâce à ses diverses essences commercialisâmes, en particulier l'okoumé (Aucoumea klaineana). Les savanes paraissent liées à la nature du sol, mais aussi à l'action destructrice des hommes ; elles ne sont étendues que dans le haut Ogooué, le bassin de la Nyanga et le long de la côte.
1.3. L'hydrographie
L'Ogooué (1 200 km), qui prend naissance au Congo vers 800 m d'altitude, a un cours supérieur très accidenté et en pente forte. En aval de Franceville, il décrit une vaste boucle au cours de laquelle son lit se resserre plusieurs fois (« portes de l'Okanda » : 100 m de largeur), passant à Poubara, où se trouve une centrale d'hydroélectricité. Dans le bassin côtier, il se divise en multiples bras reliés à des lacs peu profonds, puis construit un vaste delta maritime où s'est trouvée englobée l'île de Mandji (site de Port-Gentil). Son régime passe par deux maximums, en novembre (7 000 m3/s) et en mai (6 500 m3/s) ; l'étiage est en août-septembre (2 000 m3/s), mais le débit de crue peut dépasser 13 000 m3/s. La navigation permanente cesse à N'Djolé.
Les principaux cours d'eau du Gabon
2. Un faible peuplement

Libreville
Le Gabon est l'un des États les moins peuplés d'Afrique centrale, et il n'est pas exclu que les statistiques officielles soient surévaluées. Au moins les trois quarts de la population vivent en milieu urbain, principalement à Libreville et à Port-Gentil, sur la côte, la densité des régions intérieures étant particulièrement faible. Le dynamisme démographique est relativement faible, à l'échelle africaine, avec un taux d'accroissement naturel d'environ 1,6 % par an et un indice de fécondité de 3,3 enfants par femme. L'espérance de vie reste faible (63 ans). La faible densité moyenne du pays, mais surtout l'importance de ses ressources naturelles sont un facteur d'immigration. Les étrangers sont nombreux, particulièrement ceux d'origine africaine. Les Européens, pour leur part, assurent des fonctions d'encadrement et de conseil dans les entreprises comme dans l'Administration.
Quelques peuples du Gabon
Parmi les peuples qui vivent en partie ou en totalité au Gabon figurent les Échiras, les Kotas, les Mitsogos, les Fangs, les Bingas, les Pahouins, les Pygmées, les Tékés.
3. Minerais et pétrole
L'activité économique est totalement dominée par l'exploitation de ressources naturelles destinées à l'exportation. Au bois se sont ajoutés le manganèse et l'uranium, puis le pétrole. Avec une production qui dépasse désormais 11 millions de tonnes, et malgré un coût d'exploitation élevé, ce dernier représente plus des deux tiers des exportations et la moitié au moins des recettes budgétaires, assurant ainsi aux Gabonais l'un des produits national brut par habitant en parité de pouvoir d'achat les plus élevés d'Afrique. Deux autres gisements importants, l'un de phosphate, l'autre de fer, ne sont pas actuellement exploitables compte tenu de la situation du marché mondial. Typiquement rentière, l'économie en a les caractéristiques et les faiblesses : l'agriculture est délaissée (avec, pour conséquence, un recours massif aux importations pour l'alimentation des citadins), le niveau de vie est très dépendant des cours des matières premières, et en premier lieu du pétrole, la dette extérieure a pris des proportions excessives. Du fait de ses caractéristiques physiques, rendant très difficiles l'établissement de voies de communication, le Gabon n'est pas un pays de transit vers l'intérieur du continent, ce qui aurait pu donner naissance à des activités manufacturières et de services. Le développement industriel est limité par l'étroitesse du marché intérieur, mais aussi, en ce qui concerne la valorisation des produits d'exportation, par des coûts de revient trop élevés. Le chemin de fer transgabonais (de Libreville à Franceville) est essentiellement consacré à l'évacuation du minerai de manganèse depuis l'abandon, en 1991, de la voie congolaise.
La production d'hydrocarbures est appelée à rapidement décliner, après avoir atteint son sommet en 1997, faute de nouvelles découvertes significatives, notamment. en offshore profond. Le Gabon devra donc trouver rapidement d'autres ressources. L'exploitation du bois (deuxième secteur économique du pays) offre à cet égard des perspectives prometteuses. Mais la transformation locale (déroulage, sciage, tronçonnage) de la production (okoumé principalement) reste encore faible (25 % seulement des exportations en 2003). La zone franche de l'île Mandji, à Port-Gentil, devrait contribuer à la diversification et à la dynamisation de l'économie, en particulier dans le domaine industriel (bois et dérivés du pétrole principalement). Le volontarisme économique du pays se manifeste par une diversification de ses activités, notamment dans le secteur du développement durable, des infrastructures, dans le secteur tertiaire et la santé.
Après les États-Unis et l'Union européenne, la Chine est devenue le troisième client du Gabon, la France restant son premier fournisseur.
Le site du Gabon classé à l'Unesco
L'écosystème et le paysage culturel relique de Lopé-Okanda est inscrit sur la liste du patrimoine de l'Unesco depuis 2007.
HISTOIRE
1. Période précoloniale
Les quelques découvertes préhistoriques attestent l'ancienneté de la présence humaine ; mais l'histoire reste peu connue jusqu'au xve s. L'ensemble du groupe myènè ou « myénisé » s'installe à une date indéterminée dans l'arrière-pays, habité probablement par des Pygmées. Lorsque les Portugais apparaissent (1471 ou 1473), la côte est occupée par différents clans myènès, les Mpongwés dans l'estuaire du Gabon, les Oroungous au cap Lopez, la région au sud du cap Sainte-Catherine appartenant, semble-t-il, à la zone d'influence du royaume de Loango.
2. Les Européens et la traite
Basés dans les îles du Prince et de São Tomé, les Portugais abandonnent le commerce (ivoire contre armes et métaux) aux marins hollandais à la fin du xvie siècle. Le xviie siècle semble avoir été troublé par des guerres intestines (subordination du cap Lopez au Mani Pongo). Le début du xviiie siècle voit les Oroungous imposer leur contrôle sur la partie sud de la côte.
Plus pacifiquement, de nouveaux clans mpongwés s'installent dans l'estuaire au cours du xviiie s., dont sortiront les rois célèbres du xixe siècle, Georges, Denis, Qaben, Louis, Glass, qui traiteront avec les Français de plus ou moins bon gré.
La traite des Noirs semble n'avoir débuté que dans la seconde moitié du xviiie siècle pour connaître son apogée au début du xixe siècle, malgré l'arrêt précoce des opérations britanniques. Les esclaves, comme le bois, l'ivoire, le caoutchouc, sont collectés à l'intérieur par l'intermédiaire des Sekianis, des Bakalais, puis, plus tard, des Fangs ; mais le commerce de l'estuaire reste entre les mains des Mpongwés, intermédiaires obligatoires et prospères, comme celui du cap Lopez passe par les Oroungous, contrés un temps par les Nkomis du Fernan Vaz et dont la capitale est Sangatanga.
La lutte contre la traite n'est entreprise sérieusement qu'à partir de 1845, à l'initiative des Français, qui viennent d'établir des liens officiels avec les royaumes de l'estuaire.
Pour en savoir plus, voir l'article traite des Noirs.
3. La colonisation française
Le capitaine de vaisseau Bouet-Willaumez signe en 1839 un traité avec le roi Denis, puis en 1842 avec le roi Louis sur la rive droite. Le premier établissement permanent est créé en 1843, mais l'opposition de Glass entraîne des troubles jusqu'en 1845.
Libreville est fondée en 1849 avec des esclaves libérés, et le roi des Oroungous signe en 1862 un traité de protectorat. Le petit comptoir de Libreville devient avec Brazza (exploration de l'Ogooué de 1875 à 1878) la tête de pont de la politique expansionniste française en Afrique centrale. Parallèlement, la progression des Fangs, qui atteignent la mer vers 1890-1900, repousse vers la côte les nombreux groupes mpongwés ou autres, aujourd'hui isolés dans la masse pahouine.
Constitué en colonie en 1886, le Gabon est ensuite lié au Congo français (1888) et redevient colonie en 1910, au sein de l'Afrique-Équatoriale française. Rallié à la France libre en 1940, il devient en 1958 République, membre de la Communauté française, puis totalement indépendant en 1960.
4. L'indépendance et l'intervention française
Le premier président de la République (et chef du gouvernement) est Léon M'Ba, fondateur en 1946 du Bloc démocratique gabonais (BDG). Il élimine en 1963 l'autre formation politique notable, l'Union démocratique et sociale gabonaise (UDSG), et décide, au début de 1964, la dissolution de l'Assemblée nationale. Il s'ensuit le 18 février un coup d'État avec la création d'un Comité révolutionnaire dirigé par le chef de l'UDSG, Jean Hilaire Aubame.
L'intervention immédiate des troupes françaises rétablit le président M'Ba. Malgré le succès relatif de l'opposition aux élections d'avril 1964 (44 % des suffrages), M'Ba est de nouveau porté à la présidence en mars 1967, et le parti gouvernemental, seul à présenter des candidats, l'emporte par 99 % des suffrages. M'Ba meurt en novembre, non sans avoir préparé sa succession par la création d'un poste de vice-président, auquel est élu son chef de cabinet, Albert-Bernard Bongo, en mars 1967.
5. Le long règne d'Omar Bongo Ondimba : 1967-2009

Omar Bongo
À la mort de M'ba, le 28 novembre 1967, Albert-Bernard Bongo, âgé de 32 ans, devient le plus jeune chef d'État au monde.
Le nouveau président met rapidement en place un État dont il peut contrôler les moindres rouages : la fonction de vice-président est supprimée, le multipartisme disparaît avec la fondation d'un parti unique en mars 1968, le parti démocratique gabonais (PDG), les opposants sont soit exilés soit emprisonnés. L'explosion des prix du brut, fin 1973, ouvre douze années de prospérité. Jusqu'en 1990, les élections présidentielles et législatives feront l'objet de votes unanimes. La principale innovation est la création d'un poste de Premier ministre en 1975 et, en 1980, l'institution pour les législatives d'un système électoral à deux tours, qui permet un certain renouvellement de la classe politique. En 1981, est créé clandestinement le Mouvement de redressement national (Morena), dirigé par le Père Paul M'Ba Abessole qui forme, en 1985, à Paris, un gouvernement en exil.
Le retournement de la conjoncture économique en 1986 est le point de départ d'un mécontentement social croissant, sur lequel se greffent, à partir de 1989, des revendications politiques. Habile tacticien, le président Omar Bongo (son nouveau nom depuis sa conversion à l'islam en 1973 et auquel il ajoutera, en 2003, celui de son père, Ondimba) choisit la conciliation et joue sur les divisions de ses adversaires. Il autorise le retour du Père Abessole en 1988 et le rencontre à plusieurs reprises, ce qui vaut pour le fondateur du Morena d'être exclu de son propre parti (il crée alors le Morena-bûcherons, renommé en 1991 Rassemblement national des bûcherons, RNB). En mars-avril 1990 se déroule une Conférence nationale à laquelle participent 74 partis, et le gouvernement est ouvert à des membres de l'opposition. À la fin de l'année, des élections législatives multipartites, tenues dans la plus grande confusion, donnent une légère victoire au PDG, bientôt renforcée par ses succès aux élections partielles. C'est cette assemblée qui adopte, en mars 1991, à l'unanimité, la nouvelle Constitution.
La réélection d'Omar Bongo en décembre 1993 est contestée par l'opposition. Le Père Abessole se proclame vainqueur, divers partis forment un « haut conseil de la résistance » (HCR) ; la crise politique est finalement surmontée avec la conclusion des accords de Paris (octobre 1994). En décembre 1996, le PDG conserve la majorité à l'Assemblée, mais les deux villes principales du pays lui échappent – le Père Abessole est élu maire de Libreville. En 1998, le président Bongo est reconduit pour un nouveau mandat de sept ans, sans que l'opposition, victime de ses divisions, ne soit parvenue à constituer un obstacle sérieux à sa réélection.
Les élections législatives de décembre 2001 sont très largement remportées par le PDG qui obtient la majorité absolue à l'Assemblée. Invitée par le président Bongo à participer à l'exécutif, l'opposition gabonaise intègre pour la première fois le gouvernement en janvier 2002. Le Père Abessole entre dans l'« opposition conviviale » et devient ministre des Droits de l'homme – un portefeuille purement symbolique – avant d'être élevé au rang de vice-Premier ministre en janvier 2002. Le chef de l'État règne sans partage : soutenu par le PDG, ultradominant et les autres partis de la majorité présidentielle, par sa famille omniprésente au sein du gouvernement, de l'administration, de l'économie et des médias, le président Bongo – auquel deux amendements constitutionnels introduits en 2003 ont ouvert la voie d'une présidence à vie et réduit à un seul tour le mode de scrutin –, est aisément réélu en novembre 2005. Ses deux principaux « opposants », Pierre Mamdoundou de l'Union du peuple gabonais (UP.) et Zacharie Myboto, un ancien baron du PDG jusqu'en mai 2005, date à laquelle il a fondé son propre parti, l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), ne recueillent respectivement que 13,6 % et 6,5 % des voix.
Après quarante ans de règne, le bilan est décevant. Sur le plan économique, bien que le Gabon fasse partie des pays à revenus intermédiaires, les indicateurs sociaux y sont comparables à ceux des pays à revenus faibles. En 2004, il est contraint de rééchelonner sa dette bilatérale dans le cadre du Club de Paris avant de négocier, trois ans plus tard, avec le Fonds monétaire international (FMI) un plan de réformes structurelles.
Sur le plan politique, le Gabon contredit l'image de la bonne gouvernance que la France prétend promouvoir en Afrique. Le remaniement ministériel du 28 décembre 2007, promis par le président lors de son discours à la nation (2 décembre) au cours duquel il accusait la classe politique de clientélisme et de cupidité, déçoit la société civile gabonaise qui se mobilise : plusieurs ONG et des associations membres de la plateforme Publiez ce que vous payez, occupant le vide laissé par l'opposition affaiblie, tentent de mettre en difficulté le gouvernement sur des dossiers sensibles. Le décès du président O. Bongo, survenu le 8 juin 2009 à Barcelone, ouvre une période d'incertitude.
6. La politique extérieure
Celle-ci est dominée, depuis l'indépendance, par l'étroitesse des relations avec la France, l'ancienne puissance coloniale, qui possède dans le pays d'importants intérêts, principalement pétroliers.
Mis en place par le général de Gaulle – et régulièrement reconduit par la suite par tous les gouvernements de la Ve République – le système prévoit le soutien politique et militaire indéfectible de la France en échange de l'accès privilégié de ses entreprises aux matières premières stratégiques (pétrole, uranium, manganèse) et au marché intérieur gabonais. En outre, Libreville s'engage à soutenir les initiatives de Paris en Afrique comme aux Nations unies.
Les principaux instruments de cette politique sont la « cellule africaine » de l'Élysée, la compagnie pétrolière nationale Elf et les services secrets. Ainsi, le Gabon d'Omar Bongo, serviteur zélé de cette « Françafrique », s'engage clairement en faveur de la sécession biafraise au Nigeria à la fin des années 1960 et offre son appui à la tentative de renversement de l'afro-marxiste Mathieu Kérékou au Bénin, menée par le mercenaire Bob Denard en 1976.
De ce « pacte » originel, naissent des relations personnelles et clientélistes au plus haut niveau entre certains noyaux politiques, militaires, financiers et économiques français et gabonais, qui se perpétuent au fil des décennies. Cette politique et ces réseaux ne sauraient être remis en cause, comme en témoigne, en mars 2008, à la demande du président Omar Bongo, l'éviction du secrétaire d'État français à la coopération, coupable d'avoir publiquement dénoncé « la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l'incurie des structures administratives défaillantes et la prédation de certains dirigeants ».
Toutefois, au cours des années 2000, la France se retrouve sur la défensive face à l'influence économique grandissante de la Chine et aux ambitions des États-Unis sur le continent africain tandis que la prédominance de ses intérêts (80 % des investissements étrangers au Gabon sont français) est de plus en plus critiquée dans les populations ainsi qu'au sein d'une partie des nouvelles élites africaines.
Membre de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) depuis 1974, le Gabon intègre l'OPEP en 1975 et s'en retire le 1er janvier 1995.
Au plan régional, le Gabon s'est toujours rangé du côté des pays modérés et son président, après s'être impliqué, en 1997 et en 1998, en faveur d'un règlement négocié des crises qui ont secoué les deux Congos, joue un rôle déterminant dans plusieurs différends africains (Tchad, République centrafricaine, Burundi, Darfour au Soudan).
7. Une succession dynastique contestée
À partir du 17 juillet 2009, les candidatures à la succession d'O. Bongo se multiplient tant dans l'opposition que dans l'ancien camp présidentiel.
Au sein même du PDG, plusieurs barons du régime précédent parmi lesquels André Mba Obame, dernier ministre de l'Intérieur, refusent l'investiture d'Ali Bongo, fils du président défunt et ex-ministre de la Défense, et décident de se présenter contre la famille régnante. Mais à l'exception de P. Mamdoundou, dont l'UPG n'a jamais participé au gouvernement et qui réussit à fédérer cinq petits partis au sein d'une Alliance pour la restauration et le changement, les prétendants les plus en vue – qui tous déclarent vouloir rompre avec le passé – sont quelque peu décrédibilisés par leur allégeance ancienne ou récente au pouvoir.
Donné favori et présenté par certains comme le candidat de la France – ce qu'elle nie voulant donner l'image d'une stricte neutralité – le dauphin peut compter sur ses importants moyens financiers et sur le puissant appui du parti, implanté dans l'ensemble du pays à la différence des autres formations politiques moins structurées. La division de l'opposition et la dispersion des voix entre 18 candidats restés finalement en lice après quelques désistements de dernière heure, ne peut a priori que l'avantager dans une élection à un seul tour.
Rejetant les accusations de fraude qui naissent dès la modification du corps électoral (plus de 800 000 inscrits soit environ 200 000 de plus qu'aux précédentes consultations), A. Bongo l'emporte le 30 août avec 41,7 % des suffrages à l'issue d'un scrutin qui ne mobilise cependant qu'environ 45 % des électeurs. L'annonce de ces résultats entraîne d'importantes protestations dans les principales villes du pays en particulier à Port-Gentil, fief de l'opposition et capitale économique du pays, où les intérêts français sont pris pour cibles et où les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre font plusieurs morts.
Entérinée par plusieurs États, dont la France, mais contestée par l'opposition qui dépose un recours en annulation, cette victoire est validée à deux reprises par la Cour constitutionnelle qui, après recomptage des voix, confirme la victoire d'Ali Bongo devant P. Mamdoundou (25,6 %) et A. Mba Obame (25,3 %).
Investi le 16 octobre, le président reconduit Paul Biyoghé Mba à la direction d'un gouvernement resserré de trente membres, issus pour la plupart du PDG dont douze précédents ministres maintenus à des postes clés. Depuis, il affiche sa volonté de rompre avec les pratiques du passé et de lutter plus particulièrement contre la corruption. La signature, en février 2010, de nouveaux accords de défense semble témoigner d’une évolution des relations franco-gabonaises vers davantage de transparence. Le Gabon – par ailleurs invité avec douze autres États africains francophones à participer au défilé du 14 juillet en l’honneur du 50e anniversaire de leur indépendance – aborde ainsi une transition en douceur dans le cadre du partenariat « rénové » avec l’Afrique esquissé par Nicolas Sarkozy en juin lors du 25e sommet France-Afrique à Nice.
8. Le « Gabon émergent » d’Ali Bongo
Se donnant pour ambition de faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025, Ali Bongo veut favoriser une diversification de l’économie qui reposerait sur l’industrie, l’environnement et les services. Dans un souci affiché de « bonne gouvernance », plusieurs réformes sont lancées dans le domaine administratif (introduction des « contrats d’objectifs et de performances », création d’une nouvelle « Direction Générale du Contrôle des Ressources et des Charges Publiques », commande d’un audit sur la gestion du secteur pétrolier…).
Des investissements sont réalisés pour l’amélioration des infrastructures en eau, électricité et réseaux de transport (routes, chemin de fer Transgabonais) ; les secteurs de la santé et de l’éducation reçoivent prioritairement l’attention des pouvoirs publics ; des zones économiques spéciales sont revitalisées ou créées (Port-Gentil, Nkok) afin d’attirer les investissements étrangers, la préparation de la Coupe d’Afrique des nations 2012 étant le grand chantier de l’année 2011. Un Programme Agricole de Sécurité Alimentaire de Croissance (PASAC) est adopté… Autant de projets mis en avant par le pouvoir à l’occasion des conseils des ministres « délocalisés » dans différentes provinces du pays et à la veille des élections législatives.
Ces dernières sont finalement organisées en décembre 2011, après un projet avorté de report en vue de l’introduction de cartes d’électeurs avec données biométriques susceptible de mieux garantir la transparence du scrutin. L’opposition, qui proteste contre son abandon par le Conseil constitutionnel, est cependant affaiblie par la dissolution de l’Union nationale (UN) en juillet (une sanction adoptée contre son chef A. Mba Obame pour s’être autoproclamé vainqueur de l’élection de 2009) et par le décès de P. Mamdoundou en octobre. Elle affronte ces élections en ordre d’autant plus dispersé que le boycott prôné par une partie de ses représentants, réunis dans le collectif « Ça suffit comme ça ! », ne fait pas l’unanimité.
Selon les chiffres officiels publiés par la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cénap), le scrutin se solde par la victoire écrasante du PDG (108 sièges sur 114) et un taux de participation de 34,28 % – conforme à l’abstention habituellement observée au Gabon : des résultats rejetés par les partis d’opposition ayant appelé au boycott.
Alors que le climat social se détériore, marqué par de nombreuses grèves, notamment dans l'administration et le secteur pétrolier frappé de plein fouet par la baisse des cours du pétrole, que s'enchaînent au sein du PDG les défections d'anciens piliers (René Ndemezo'o Obiang en février 2015, Raymond Ndong Sima, en juin), Ali Bongo, de plus en plus isolé, remanie le gouvernement en septembre 2015.
En août 2016, sa réélection à la tête de l’État avec 50,6 % des suffrages est vivement contestée par son rival Jean Ping (ancien ministre et ex-gendre d’Omar Bongo) et donne lieu à de violentes manifestations. Le résultat est validé par la Cour constitutionnelle mais suscite les réserves de la communauté internationale, dont l’UE et la France. Rejetant les critiques et soucieux d’éviter la persistance de troubles, le président propose un « dialogue » à l’opposition, mais son « gouvernement d’ouverture », formé en octobre par Emmanuel Issoze-Ngondet, est accueilli avec scepticisme.

 

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COSMOGONIE

 

 

 

 

 

 

 

COSMOGONIE



Ne doit pas être confondu avec Cosmologie.Une cosmogonie est un récit mythologique qui décrit ou explique la formation du Monde. Le mot vient du grec cosmo- « monde » et gon- « engendrer ». En cela, la cosmogonie se distingue de la cosmologie, qui est l'étude scientifique relative à l'origine du monde et de l'univers et surtout aux lois qui les gouvernent1.
La cosmogonie est également rattachée à la branche des sciences que constitue la physique, pour participer aux élaborations des théories concernant la formation de l'Univers2.
Des récits oraux de cosmogonie fondent presque toutes les religions et sociétés traditionnelles, mais de nombreux traités sur les origines possibles de l'univers ont aussi été écrits par des philosophes ou des penseurs scientifiques, comme la cosmogonie d'Hésiode, et celle de Buffon.
Des milliers de légendes de création du monde et de récits cosmogoniques traditionnels relatifs aux origines du monde, des dieux ou des institutions, appartiennent à la catégorie des mythes fondateurs. Les figures idéales et les modèles intemporels y ont donc une place importante.
La variété des récits de création du monde, à travers leurs théories des origines, semble aussi exprimer le besoin immuable de décrire et peut-être justifier les transformations radicales du monde observable, de la Terre et de la société humaine. Mircea Eliade voit dans la cosmogonie « le modèle exemplaire de toute manière de faire » ; une sorte de modèle archétypal de la création, l'univers étant le « chef-d'œuvre » d'un ou plusieurs créateurs offert comme modèle aux hommes.

Constances dans les schémas de l'imaginaire chez les Occidentaux
               
Être ou néant
Les mythes offrent diverses versions de la création de l'univers actuel ; certains le décrivent comme né du néant, d'autres pensent qu'il a toujours existé et d'autres encore disent que ce serait un être intemporel qui aurait rêvé ou créé notre monde - sans témoins humains - en un instant, en six époques appelées « jours » selon la Bible, ou en une longue suite d'événements.

Chaos primordial
La naissance d'un monde (parfois harmonieux voire paradisiaque) est souvent la résultante de conflits entre forces antagonistes, l'ordre et le désordre, la lumière et les ténèbres, etc. Cependant, comme dans la Théogonie d'Hésiode, le chaos originel préexistant à l'Univers est parfois présenté non comme un néant ou un ensemble en conflit avec l'ordre, mais plutôt comme entité renfermant l'ensemble des éléments à venir, mais mélangés.

Luttes et sacrifice
Carl Gustav Jung note que les notions de sacrifice et de combat sont souvent associées à la création mythique des mondes et de l'univers.
L'énergie primordiale se sacrifie pour former l'univers. De nombreuses cosmogonies décrivent des luttes (combats de dieux, d'ancêtres primordiaux, de héros, gigantomachies et autres combats extraordinaires). L'opposition de contraires dans les jumeaux, être à deux faces ou couples primordiaux sexués pourrait donc aussi représenter les contraires qui s'affrontent en l'homme. Ces modèles peuvent se retrouver décalés dans le temps, par exemple avec le Dieu des chrétiens (Jésus) présenté comme fait homme, se sacrifiant lui-même, dans le cadre d'un nouveau testament.

Œuf cosmique[modifier | modifier le code]
L'œuf cosmique est souvent représenté comme le germe contenant l'univers en puissance, par exemple pour l'orphisme. Il symbolise la rénovation périodique de la nature, la possibilité de renaissance du monde. L'éclosion de l'œuf donne naissance à l'Univers (Pan Gu en Chine, Partholon chez les Celtes, Puruska en Inde, Nommo au Mali).

Eau
Symbole de vie et de pureté, l'eau intervient comme élément primordial chez le présocratique Thalès et aussi comme élément rénovateur, par le biais du Déluge évoqué par plusieurs mythes fondateurs et cosmogonies. Il rappelle à l'homme sa faiblesse face aux puissances célestes et permet le renouvellement du monde grâce aux meilleurs des humains (le roi Manu, sauvé par Vishnou et transformé en poisson, Noé et son arche, Deucalion et Pyrrha sauvés par Prométhée).

Arbre[modifier | modifier le code]
Dans de nombreux mythes, un arbre (arbre de vie) ou une plante divine, magique ou sacrée joue un rôle (qu'on retrouve peut-être avec l'arbre au fruit défendu, du jardin d'Éden dans la Bible). L'arc-en-ciel (passage ou pont entre ciel et terre, ou entre deux points de la grande forêt en Amazonie) leur est parfois associé.
Par exemple, un bambou géant primordial, ouvert par le bec de l'oiseau légendaire Sarimanok dans la cosmogonie du folklore philippin d'où descendent Malakas et Maganda, le premier homme et la première femme.
Dans la mythologie nordique, Yggdrasil est l'Arbre-Monde sur lequel reposent les neuf mondes.
La mythologie grecque décrit l'olivier comme un cadeau de la déesse Athéna, il était considéré comme l'arbre de vie.

Autres[modifier | modifier le code]
Dans la majorité des cosmogonies traditionnelles, les créateurs sont un ou des dieux anthropomorphes qui engendrent l'Univers et l'Homme par la volonté d'un esprit, par la parole, le geste, le souffle, un membre, des sécrétions...
De nombreux animaux (poisson, serpent, oiseaux, lion..) jouent un rôle majeur dans les mythes des continents où ils sont présents.

Étapes classiques de création du monde[modifier | modifier le code]
                       

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (août 2022). La majorité des mythes ont en commun de ne pas présupposer l'existence d'un Univers incréé, immuable et éternel ; ils suggèrent des étapes et des devenirs possibles du monde :
* apparition de l'Univers à partir du néant (ex nihilo), du chaos, de l'inconnu ou d'une entité hors de portée de notre compréhension ;
* naissance du temps, de l'espace, de la lumière et de la matière. À partir du chaos primordial inerte, les éléments, eau, terre, feu et air (en Occident ; dans d'autres cultures, les éléments fondamentaux sont organisés différemment) s'animent ;
* apparition de la vie à partir de la rencontre et du mélange de ces éléments ;
* apparition de l'homme ;
* possibilité de création d'un nouvel univers après un cataclysme mondial.
Certains mythes partent du principe que la naissance et la mort de l'Univers sont une création continue. L'univers apparaît, vit, disparaît puis laisse place à un nouvel univers et ceci à l'infini. Les mythes nordiques ont d'ailleurs une fin unique avec le Ragnarok. Chaque création d'univers correspondrait à une sorte de réincarnation de Dieu. Le corps physique de Dieu serait l'univers tout entier. À chacune de ses réincarnations, il s'améliorerait et pourrait donc créer à chaque fois un univers meilleur que le précédent.

Aux mythes cosmogoniques répondent les mythes eschatologiques, qui décrivent la fin du monde, pouvant précéder un autre monde.
L'univers apparaît, vit, disparaît mais laisse place au même univers avec les mêmes entités et ceci à l'infini. Ceci est logique si on accepte la création à partir des virtualités du vide (chaos) s'ordonnant entre elles (ordre).

Cosmogonie de l'Égypte antique
                               

La cosmogonie varie en fonction de la région, et les dieux tutélaires ont souvent les rôles les plus importants.
À Héliopolis ; Issu du Noun, l'océan primordial, émerge Rê qui est à la fois le soleil, Atoum l'être achevé ou encore khepri la renaissance. En se masturbant, il met au monde Shou le sec. De son crachat naît Tefnout, l'humide. De ce couple en naît un autre, Nout, le ciel et Geb, la terre que leur père sépare en levant les bras. Viennent ensuite Osiris et Isis, Seth et Nephtys. Le premier couple symbolise le renouveau végétal et avec eux vient la légende d'Osiris, alors que le second est stérile. Voir le mythe de la création héliopolitaine.
À Memphis. Au début des temps, Ptah le démiurge, issu du Noun, l'océan primordial, prit conscience de son existence. Puis il prit le limon de la terre, créant et modelant l'Homme. Aussitôt son œuvre créatrice terminée, il céda la place à son successeur Rê, le soleil. Rê, seigneur d'Héliopolis, parcourt chaque jour son domaine dispensant à l'humanité dons et bienfaits. Voir le Mythe de la création memphite.
En Haute-Égypte, Amon (père des dieux fondateurs du monde) féconda l'œuf cosmique d'où naquit toute vie.
Article détaillé : Mythe de la création du monde en Égypte antique.

Cosmogonie mésopotamienne[modifier | modifier le code]   

Les mythes de la création, d'origine mésopotamienne, mettent en scène deux êtres primordiaux : l'un féminin, Tiamat, l'eau salée et l'autre masculin, Apsū, l'eau douce. De leur union naissent tous les dieux, dont les principaux sont Enlil, Adad, Enki (Ea), Ishtar, Mardouk, mais aussi des dieux dominants Annunaki qui exploitent les dieux Igigi en les faisant travailler durement afin de nourrir tous les dieux.
La voûte céleste, les étoiles, la terre, les enfers... furent formés du cadavre de Tiamat, au terme d'une guerre gagnée par Mardouk. Puis l'homme fut créé à son tour pour servir les dieux lorsque les Igigi se révoltèrent contre les Annunaki. L'homme fut façonné à partir d'argile trempée dans la chair et dans le sang d'un dieu sacrifié, donnant ainsi à la créature un peu de l'intelligence divine.
Article détaillé : Épopée de Gilgamesh.

Cosmogonie gréco-romaine antique[modifier | modifier le code]
Gaïa, Chronos et Ouranos[modifier | modifier le code]
Selon la Théogonie d'Hésiode, au début était le Chaos, un tout incommensurable au sein duquel les éléments constituant le monde actuel étaient mélangés. Quatre entités s'en séparèrent : Gaïa (la Terre), Éros (le Désir amoureux vu comme force créatrice primordiale), Érèbe (les Ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit). Gaïa engendra Ouranos (le Ciel), le premier principe fécondateur mâle (pour les Anciens, le Ciel fécondait la Terre par ses pluies, comparables à une semence), et de leurs étreintes naquirent les Titans, dont Cronos, les trois Cyclopes et les Hécatonchires (géants à cent bras et cinquante têtes).
Selon la tradition orphique, l'eau et des éléments formèrent spontanément la terre, d'où un Chronos monstrueux surgit, lequel créa l'Éther, l'Érèbe et le Chaos, puis engendra un œuf d'où naquit Éros, qui donna à son tour naissance à la Lune et au Soleil puis à la Nuit, avec qui il conçut Ouranos et Gaïa.
Articles détaillés : mythologie grecque et Religion grecque antique.

Cosmogonie hindou[modifier | modifier le code]
Le temps est vu de manière cyclique ; il existe donc un cycle de créations et destructions. Lorsque Brahma se réveille et qu'il ouvre les yeux, l'univers et tout ce qu'il contient se crée, lorsqu'il s'endort, tout se détruit. Vishnou protège l'univers. Shiva le détruit et donc mène à sa renaissance. L'univers connaît donc une suite de naissances et de destructions.
On représente traditionnellement le cycle créateur impliquant les trois dieux de la Trimurti comme suit : tandis que Vishnou dort, allongé sur le serpent Ananta (infini), lui-même flottant sur l'océan d'inconscience, de son nombril sort un lotus dans lequel se tient Brahma. Tout en dormant, Vishnou rêve le monde tel qu'il l'a connu, et de ses souvenirs oniriques, Brahma donne naissance à un nouveau monde, nécessairement moins pur que le précédent (d'où la théorie des âges). C'est Shiva qui, par sa danse cosmique, anime l'Univers conçu par la pensée et, à la fin du cycle, le détruit.
Pour certaines sectes hindouistes, notre univers n'est que le rêve de Dieu, une illusion, la Mâyâ.
Article détaillé : mesure védique du temps.

Cosmogonie abrahamique[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Genèse.   

Bereshit pereq aleph, premier chapitre du Livre de la Genèse, écrit en hébreu sur un œuf, musée d'Israël à Jérusalem.
Création de l’univers[modifier | modifier le code]
Dans cette cosmogonie, la création de l'univers est décrite dans le livre de la Genèse et reprise par le Coran. On considère, en général, que ce récit est à la fois descriptif et symbolique. Le Créateur est intemporel, n’ayant ni début ni fin.

Judaïsme et christianisme[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Genèse et Livre de la Genèse.
D'après la vision biblique, lorsqu’Il créa le monde, l’univers était « vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux ».
Le premier jour, Dieu créa la lumière par la parole (« Que la lumière soit et la lumière fut »).
Le deuxième « jour », la première époque, Il sépara ciel et mer, formant ainsi le firmament (raqui'a en hébreu) et les planètes à partir de la lumière originelle.
Le 3e jour fertilisa la Terre créée le deuxième jour en formant les végétaux.
Le 4e jour, Il fit apparaître dans le ciel de la Terre le Soleil et la Lune, jusqu'alors voilés, déjà formés au deuxième jour.
Le 5e jour, Il peupla les mers d'une multitude grouillante, de reptiles géants (témimim gdolim en hébreu), de poissons, et le ciel par les oiseaux, créant le principe animal.
Le 6e jour, Il forma les animaux terrestres, animés du même principe que celui des animaux aquatiques, ainsi que l’homme, être à son image doté d'une âme.
Enfin, le 7e jour, Il décréta le principe du repos hebdomadaire de toute activité créatrice matérielle, bénissant et sanctifiant ce jour (Shabbat) consacré au spirituel.

Islam[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Genèse de l'islam.
Dans la cosmogonie islamique, au commencement et avant la genèse, il n'existait rien en dehors d'Allah, c'est-à-dire le néant, même pas le vide, à l'instar de la Bible. Sa première création fut son Trône qui flotta ensuite sur l'eau primordiale. Le Coran affirme aussi qu'à leur création, les cieux et la terre formaient une masse compacte [réf. nécessaire].
Le récit coranique indique aussi une création en six jours : « Votre Seigneur est Allâh Qui a créé les cieux et la Terre en six jours »3, comme dans la Bible. La notion de jour est à nuancer. En effet, les théologiens musulmans interprètent la durée de la création de manière métaphorique renvoyant aux versets suivants : « Cependant, un jour auprès de ton Seigneur, équivaut à mille ans de ce que vous comptez. »4, en référence à un psaume du roi David (n° 90,4) et « Les Anges ainsi que l'Esprit montent vers Lui en un jour dont la durée est de cinquante mille ans »5.
Les six jours en question sont répartis en trois phases de deux jours : « Dis : "Renieriez-vous (l’existence) de Celui Qui a créé la Terre en deux jours et Lui donneriez-vous des égaux ? Tel est le Seigneur de l’univers, § c’est Lui Qui a fermement fixé des montagnes au-dessus d’elle, l’a bénie et lui a assigné ses ressources alimentaires en quatre jours d’égale durée. (Telle est la réponse) à ceux qui t’interrogent. § Il S’est ensuite tourné vers le ciel qui était alors fumée et lui dit, ainsi qu’à la Terre : "Venez tous deux, bon gré, mal gré". Tous deux dirent : "Nous venons de bon gré". § Il décréta d’en faire sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction. »6
Par ailleurs, le Coran affirme : « En effet Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui existe entre eux en six jours, sans éprouver la moindre lassitude. »7
et
« Ne voient-ils pas qu'Allah qui a créé les cieux et la Terre, et qui n'a pas été fatigué par leur création, est capable en vérité de redonner la vie aux morts? Mais si. Il est certes Omnipotent. »8.
« Ceux qui ont mécru, n'ont-ils pas vu que les cieux et la Terre formaient une masse compacte ? Ensuite Nous les avons séparés et fait de l'eau toute chose vivante. Ne croiront-ils donc pas ? »9.

Création de l’homme selon la Bible[modifier | modifier le code]
Comme nous l’avons vu, le sixième jour, Dieu créa l’humain. Cet être est conçu à l’image de son créateur (« Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance ») et prend vie lorsque Dieu lui insuffle une âme de vie.
Le premier humain était formé d'un homme et d'une femme se faisant dos, puis qu'ils ont été séparés, symboliquement : « Dieu créa l'homme à son image, à son image il le créa ; mâle et femelle il les créa » (TOB,GN I, 27) Il fut placé dans le Paradis, aussi appelé « Jardin d’Éden », lieu verdoyant où abondent faune et flore, pouvant ainsi vivre sans se soucier de ses besoins vitaux (« Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture »).
Cependant, Dieu donna l’ordre de ne jamais goûter aux fruits de « l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Dieu laissa à Adam le soin de nommer les éléments qui l’entouraient, c’est-à-dire la faune. Adam, l'humain, se sentit seul et Dieu sépara l'homme et la femme (Ève), créant le premier couple. Ève, ainsi nommée, fut malheureusement convaincue par un serpent (métaphore du mal) de goûter aux fruits interdits. Elle convainquit l’homme de goûter à ce fruit, ils y goûtèrent et commirent ainsi le péché originel (la première faute de l’humanité). Dieu, pour les éduquer, les enjoignat d'aller réparer leur erreur en les chassant du paradis, et pour cela, ils devront transiter et être éprouvés dans le monde ici-bas où ils devront faire des efforts salutaires pour survivre, avec la perspective d'une durée de vie limitée.

Création de l’homme selon le Coran[modifier | modifier le code]
Dans le Coran la sourate II, verset 164 affirme
« Certes dans la création des cieux et de la terre, dans l'alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l'eau qu'Allah fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne. »
La sourate 23, versets 12-13 évoque la création d'Adam en ces termes :
« Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence ; et de l'adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l'avons transformé en une tout autre création. Gloire à Dieu le Meilleur des créateurs ! »

Cosmogonie des Aborigènes d'Australie[modifier | modifier le code]
La cosmogonie des Aborigènes d'Australie repose sur la notion de « Temps du rêve », en anglais « Dreamtime » ou « Dreaming », « Tjukurpa » dans les langues anangu, « Wapar » en yankunytjatjara. À cette époque mythique, les ancêtres surnaturels, comme le Serpent Arc-en-ciel ou les Hommes Éclairs, créèrent le monde par leurs déplacements et leurs actions. Tjukurpa fournit une explication du monde, définit le sens de la vie, ce qui est bien ou mal, ce qui est naturel ou ce qui est vrai. Ces définitions règlent tous les aspects de la vie des Anangu, peuples de l'Australie Centrale.
Tjukurpa interprète chaque site et chaque élément du paysage en termes symboliques, il mêle le passé (c'est-à-dire l'histoire de sa création) avec le présent et sa signification. Beaucoup de ces informations sont secrètes et ne doivent pas être révélées aux non-Aborigènes, les « Pyranipa ».
Uluru a été créé pendant la Tjukurpa. Ce monolithe de 3 600 m de long et de 348 m de haut proviendrait du jeu de deux enfants mythiques dans la boue un jour de pluie. Tout autour de ce rocher, de nombreux sites sont sacrés et porteurs de mémoire et de légendes.
Dans cette cosmogonie, la pensée a créé toute matière. La terre, les hommes, les animaux et les plantes ne sont que des parties d'un même tout. Donc les hommes ne peuvent pas posséder de terres ni d'animaux. Cette cosmogonie a provoqué de graves conflits entre les colonisateurs et les aborigènes qui ne comprenaient pas les notions de propriétés privées délimitées ou d'élevage.

Cosmogonie nordique[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Cosmogonie nordique.   

    Yggdrasil, l'arbre cosmique, assure la cohérence verticale des mondes de la mythologie nordique, tandis que le serpent de Midgard assure sa cohérence horizontale. Peinture attribuée à Oluf Bagge.
La cosmogonie de la mythologie nordique nous est racontée en détail dans la Völuspá, ou Chant de la voyante, poème de l'Edda en vers. Il existe cependant de nombreuses variantes. Le Chant de la voyante en raconte une, que voici : au commencement n'existait qu'un abîme béant, le ginnunga gap ─ qui rappelle le Chaos primordial grec ou la terre déserte et vide biblique. Les éléments y erraient, libres, et une rencontre fortuite entre du feu et de la glace donna naissance au premier géant, Ymir, lequel géant engendra les autres géants. Une vache, Auðumla, l'avait délivré de sa gangue de glace en la léchant, et le nourrissait de ses flots de lait. Les fils de Bur ─ Óðinn et ses deux frères Hœnir et Lóðurr ─, géants qu'Auðumla avait aussi libérés de la glace, tuèrent Ymir et bâtirent l'Univers de sa dépouille : son corps devint un cercle de terre, Miðgarð (terre du milieu), qu'entourait son sang, devenu la mer, tandis que son crâne servit de voûte céleste. Ils établirent ensuite un ordre, fixant une place au Soleil et à la Lune, élevèrent des palais et s'établirent en Ásgarð (terre des dieux Ases ; il existe une autre race de dieux, les Vanes, souvent en guerre contre les Ases). Les neuf mondes avaient pris place autour de l'arbre Yggdrasil. Trois dieux, Óðinn, Hœnir et Lóðurr, trouvèrent sur le rivage un Frêne et un Orme « sans force ni destinée ». Óðinn leur donna le souffle vital, Hœnir les sens, Lóðurr leur donna le sang et les couleurs de la vie. Enfin vinrent Urðr, Verðandi et Skuld, les trois Nornes, équivalent des Parques latines et des Moires grecques, qui fixèrent le destin de chacun.
Le même texte rapporte aussi comment le monde sera détruit au cours du ragnarǫk.
Voir aussi Mythologie finlandaise

Cosmogonie dogon
Article détaillé : Cosmogonie dogon.
Bâtie sur une longue tradition, la cosmogonie dogon correspond à l'explication de la création du monde selon les Dogons. Elle révèle des mondes stratifiés, « une pluralité des mondes, des univers stellaires à l'infini… » avec à chaque stade (terre) une catégorie d'hommes simples comme aux côtés d'autres imaginés (« hommes à cornes », « hommes à queue », « hommes ailés », « hommes rampants »). Une cosmogonie empreinte de connaissances des corps célestes dans un univers d'une immensité infinie, connaissances pour certaines confirmées par l'astronomie moderne.

Cosmogonie bambara
Article détaillé : Cosmogonie bambara.
Bâtie sur la tradition du Komo, la cosmogonie bambara attribue le pouvoir de la création à un être suprême, Maa Ngala qui a créé toutes choses au moyen de la parole (kuma), force fondamentale émanant de lui-même.
Cosmogonie peule[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Cosmogonie peule.
Cosmogonie ésotérique[modifier | modifier le code]
Exemples de cosmogonies ésotériques : Gnosticisme, Kabbale, Soufisme, Théosophie, Anthroposophie, La cosmogonie des Rose-Croix de Max Heindel, Le Livre d'Urantia.
Cosmogonie scientifique[modifier | modifier le code]

    afficher    Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (août 2022).
 
Article détaillé : Cosmologie.
Les théories scientifiques fournissent à l'imaginaire populaire les éléments d'une cosmogonie moderne. Cependant, la cosmogonie scientifique en tant que telle s'occupe de la formation des objets célestes (planète, étoile, galaxie, etc.)10, alors que la cosmologie est la branche de l'astrophysique qui étudie la structure et l'évolution de l'univers10. En cela, elle fournit les théories décrivant l'évolution de l'univers, notamment le modèle du Big Bang. La biologie fournit les théories décrivant l'origine et l'évolution de la vie, notamment la théorie de l'évolution.
Les théories scientifiques fournissent les explications les plus vraisemblables et vérifiables aux phénomènes observés, mais ne fournissent pas toutes les réponses : ce n'est pas leur objectif. Par exemple l'analyse des traces du Big Bang permet de remonter vers une époque très reculée de l'histoire de l'univers, sans être en mesure aujourd'hui de connaître les tout premiers instants de cette époque. La plupart des physiciens pensent que ce problème résulte de notre compréhension limitée des lois de la physique dans une telle situation, ainsi que de l'absence d'éléments observationnels ou expérimentaux relatifs à ces époques.
Les théories scientifiques sont par essence sujettes à de profonds remaniements. A la fin du XIXe et début du XXe siècles, des auteurs tels que Hervé Faye, Théophile Moreux, Émile Belot et Alexandre Veronnet ont contribué à ce domaine avec différentes théories et ouvrages11. Le modèle du Big Bang a été proposé en 1922 par Alexandre Friedmann, puis en 1927 par l'abbé Lemaître à partir d'une théorie de l'« atome primitif ». Celui-ci fut un pionnier dans l'utilisation de la relativité générale formulée par Einstein douze ans plus tôt. Einstein eut des scrupules lorsque sa brillante théorie le mena à un univers en expansion. Cette idée le dérangea beaucoup, au point de la réfuter vigoureusement dans un premier temps, avant d'admettre son erreur.
Le Big Bang n'est considéré comme étant le modèle le plus satisfaisant que depuis 1962. Auparavant, c'est la théorie de l'univers statique et éternel qui avait la faveur des astrophysiciens. La cosmologie moderne a donc elle aussi été sujette à d'importants remaniements, qui l'ont approché soudainement du récit biblique d'un univers non-statique mais sortant du néant sous forme d'énergie (« que la lumière soit »), se transformant partiellement en matière (formation du firmament au « deuxième jour ») ; néanmoins, certains modèles scientifiques conçoivent déjà l'existence d'un "univers" antérieur au Big Bang (cf. Gabriele Veneziano et la théorie des cordes)…

 

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PHNITIENS

 

 

 

 

 

 

 

Phéniciens

Cet article fait partie du dossier consacré à la Mésopotamie.
Peuple sémitique de l'Antiquité.
Les Grecs furent les premiers à nommer « Phéniciens » les habitants de la bande côtière syro-palestinienne qui s'étire de Tell Suqas (l'antique Shukshan), au nord, à Acre (Akko), au sud. On attribue parfois au mot grec phoiniks, désignant la pourpre – colorant tiré du murex et qui représentait une grande richesse dans la haute Antiquité –, l'origine du nom des Phéniciens. Se désignant eux-mêmes plutôt comme Sidoniens ou Tyriens, du nom des cités (Sidon et Tyr) de ce petit territoire au sous-sol pauvre en matières premières, les Phéniciens ont donné naissance à une brillante civilisation et colonisé toute la Méditerranée.

1. L'INFLUENCE DES CIVILISATIONS VOISINES
Peuple sémitique d'origine cananéenne, les Phéniciens ne sont attestés, en tant qu'identité indépendante et différenciée dans l'histoire, qu'à partir de 1200 avant J.-C. Auparavant, intégrés dans un vaste complexe culturel syro-palestinien, ils n'avaient pas de civilisation propre. L'archéologie situe les débuts de la période protophénicienne au Ve millénaire ; à cette époque, les habitants de Byblos connaissaient l'agriculture, pratiquaient la pêche et fabriquaient – déjà – des tissus.

1.1. BYBLOS
Au IIIe millénaire, à la faveur de contacts assidus avec la Mésopotamie, la Syrie du Nord et la vallée du Nil, la Phénicie s'urbanise ; Byblos, où cette évolution est bien attestée, est alors une grande cité avec une imposante enceinte, un important habitat et de nombreux sanctuaires ; deux ports, expression de sa vocation commerciale précoce, lui permettent d'entretenir d'étroites relations avec les pays voisins, y exportant bois, lin, métaux travaillés et en important étoffes, parfums, denrées alimentaires ainsi que des matières premières. Cependant, à la fin du IIIe millénaire, notamment à cause de certaines difficultés de son partenaire égyptien, le commerce extérieur de Byblos connaît un net fléchissement ; en outre, subissant peu après les contrecoups de l'invasion nomade amorrite, la cité phénicienne entre dans une phase de déclin.
Entre le xxe et le xviiie s., le commerce reprenant avec l'Égypte, Byblos retrouve sa prospérité passée, tout en subissant une certaine emprise culturelle ; la marque égyptienne, sensible dans certains aspects de la culture matérielle tels que le mobilier funéraire des tombes royales, l'iconographie des ex-voto, etc., s'accompagne alors d'une certaine subordination politique. Cependant l'hégémonie égyptienne n'empêche pas la Phénicie d'entretenir des relations commerciales avec la Syrie et la Mésopotamie.

1.2. UNE CITÉ SOUS INFLUENCE ÉGYPTIENNE
La prépondérance égyptienne sur Byblos s'atténue pendant la période où les pharaons sont évincés par les Hyksos, venus d'Asie, puis est renouvelée au milieu du IIe millénaire, alors que, dans le reste de la Phénicie, se fait sentir l'influence des Sémites de Mésopotamie, des Asiatiques (Hourrites, Mitanniens, Hittites) et aussi des Égéens (Crétois et Mycéniens). Cette ouverture de la Phénicie à de nouvelles influences culturelles est attestée sur le site d'Ougarit (aujourd'hui Ras Shamra, en Syrie) par une architecture palatiale de type mycénien. Durant une bonne partie de la seconde moitié du IIe millénaire, cette cité de Phénicie septentrionale, tirant profit de ses contacts étroits avec les Égyptiens, les Hittites, les Crétois et les Mycéniens, forme un État puissant et organisé.

2. UN ENSEMBLE DE CITÉS INDÉPENDANTES

Au xiie s., après l'invasion des Peuples de la Mer, les grands empires entrent peu à peu en décadence : pour la Phénicie, une nouvelle histoire commence. Disposant d'une langue, d'une religion, d'un art et d'une organisation politique qui la différencient, la Phénicie n'est cependant qu'un agrégat d'États concurrents. Comme en Grèce, la cité phénicienne est une entité autonome politiquement, limitée géographiquement à un territoire comprenant une ville, un port et la campagne environnante. Les plus importantes cités, Byblos, Sidon ou Arados, n'hésitent plus à défendre leur autonomie, bravant tantôt les Assyriens, tantôt les Égyptiens. Ces cités sont cependant aussi souvent en rivalité entre elles.
Au xe s., Tyr, après s'être affranchie de la tutelle de Sidon, devient le principal État de Phénicie ; son apogée coïncide avec le règne du roi Hiram Ier (969-935) et son hégémonie se maintient jusqu'au milieu du ixe s. Cependant, Tyr et les autres cités phéniciennes doivent encore faire face à une grande poussée impérialiste assyrienne. Assournazirpal II (884-859) puis Salmanasar III les attaquent et leur imposent le paiement d'un tribut. Gênés économiquement, les Phéniciens se mettent alors à regarder du côté de l'Occident : vers 814, des émigrés tyriens s'en vont fonder la colonie de Carthage.

2.1. TYR
L'âge d'or de la Phénicie commence vers 1100 avant J.-C., au moment où Tyr évince la cité rivale, Sidon. La construction navale tyrienne bénéficie des forêts qui couvrent les pentes de l'actuel mont Liban. Bien que tributaire de l'Assyrie au viie s. avant J.-C. et malgré le relais commercial pris au vie s. avant J.-C. par Carthage, sa colonie, Tyr est restée une cité prospère – avec des éclipses dues aux sièges de Nabuchodonosor puis d'Alexandre – durant toute l'Antiquité. Occupée par les Arabes, elle connaît un regain d'activité lié à la présence des croisés (1124-1291) [croisades] avant d’être détruite par les Mamelouks. Il reste de nombreux vestiges de la cité de Tyr, nommée aujourd'hui Sour, et dont le port antique est totalement immergé.

2.2. L'ASSYRIE ET BABYLONE
Dès la seconde moitié du ce s., les relations avec l'Assyrie se dégradent ; successivement et parfois avec une grande brutalité, Téglath-Phalasar III (746-727), Sargon II (727-705), Sennachérib (705-681), Assarhaddon (682-669) et Assourbanipal (669-626) asservissent les cités phéniciennes. Après la disparition de l'Empire assyrien en 612, les Phéniciens tombent sous la dépendance des Babyloniens et connaissent une nouvelle période de déclin, qui va durer jusqu'à la fin du vie s.

2.3. LA PERSE ET LA GRÈCE
Sous l'hégémonie perse (vie-ive s.), la Phénicie, transformée en satrapie, est traitée avec bienveillance. Tyr et Sidon en tirent particulièrement avantage ; la première peut étendre ses domaines vers le sud jusqu'au mont Carmel ; la seconde, siège du gouverneur perse, reçoit Dor et Jaffa. Lors des guerres médiques, les navires phéniciens sont mis au service du Grand Roi. Cependant, durant le ive s., alors que l'Empire perse commence à se désagréger, les Phéniciens se laissent gagner par un sentiment philhellène ; en 333, à l'exception de Tyr, prise après un long siège, les cités côtières ouvrent grandes leurs portes aux soldats d'Alexandre. Dès lors, emportée par l'hellénisme, la Phénicie cesse d'être une nation.

3. LA COLONISATION DE LA MÉDITERRANÉE

Jamais un aussi petit peuple ne réalisa autant d'implantations coloniales ; tournés vers la mer, succédant aux Achéens, précédant les Grecs, les Phéniciens créent un grand nombre de comptoirs commerciaux le long des côtes méditerranéennes. De proche en proche, à partir de Cition – dans l'île de Chypre –, où ils sont installés vraisemblablement dès le xe s., ils se fixent à Rhodes et en Crète.
Hérodote mentionne en Égypte une présence tyrienne à Memphis. En Tripolitaine, les cités de Leptis Magna, Oea et Sabratha ont livré de nombreux témoignages de la présence phénicienne, sans que l'on sache précisément s'il s'agit d'implantations orientales ou d'implantations carthaginoises. En Tunisie actuelle, domaine du relais carthaginois, les comptoirs sont bien plus nombreux : Hadrumète (Sousse), Leptis Minor (Lamta), Mahdia, Thapsus (Ras Dimasse), Kerkouane, etc. De même, sur les côtes d'Algérie, sont à signaler Hippo Regius (Annaba), Cirta (Constantine), Icosium (Alger), Tipasa, Iol (Cherchell), Marsa Medakh… Plus à l'ouest, les côtes marocaines, tant méditerranéenne qu'atlantique, offrent autant d'installations. Les Phéniciens se sont aussi implantés en Sicile, en Sardaigne et en Espagne, au plus tard dès le viiie s., et à Malte, vers le viie s.

4. ÉCONOMIE
Cette importante expansion phénicienne vers l'Occident avait pour mobile le commerce, que les Phéniciens avaient pratiqué d'abord avec les régions proches. En échange de produits manufacturés – fines coupes de bronze et d'argent, récipients en pâte de verre, tissus teints à la pourpre –, l'Égypte, Chypre et la côte méridionale d'Anatolie leur fournissaient du lin, du cuivre et de l'étain. Peu après, à la faveur de l'alliance du roi tyrien Hiram Ier avec le roi des Hébreux Salomon, les Phéniciens commercent avec le royaume d'Israël, échangeant bois de cèdre et de genévrier contre des denrées ; ils montèrent même avec lui des expéditions maritimes ; selon la Bible, l'une d'entre elles, partie du port édomite d'Ezion Geber sur la mer Rouge, parvint au riche pays d'Ophir (Somalie actuelle).
COMMERCE
À partir du Ier millénaire, gênés par la consolidation des États de l'intérieur, handicapés par la reprise de l'expansion assyrienne, les Phéniciens donnent une orientation occidentale à leur commerce ; désormais leurs navires s'aventurent jusqu'en Étrurie, en Ibérie (royaume de Tartessos) et, remontant le long des côtes de la France actuelle, jusqu'en Cornouailles. Ce changement de cap, au départ coûteux, est financé à la fois par des armateurs publics, par la maison régnante et par la caste sacerdotale ; du reste, pour amortir les frais, les équipages phéniciens n'hésitent pas à faire du fret maritime. Les succès commerciaux des cités phéniciennes s'expliquent aussi par l'habileté de leurs artisans à mettre en œuvre des matières premières de toutes sortes. À côté de la classique industrie de la pourpre, le travail de l'ivoire paraît aussi ancien et dès le IIe millénaire, les artisans y taillent des amulettes, des vases et surtout de beaux éléments de placage pour meubles en bois destinés aux cours du Proche-Orient.

4.2. UNE PRODUCTION ADAPTÉE AUX MARCHÉS
Le bois de cèdre et de sapin – abondant dans les forêts de Phénicie – a lui aussi alimenté une précoce industrie de charpenterie navale. Le travail du verre, dont il ne faut pas attribuer la paternité aux Phéniciens, contribue également à l'excédent de la balance commerciale. Dans ce domaine comme dans celui de l'orfèvrerie et de la dinanderie (production d'objets fabriqués en feuilles de métal martelé), les Phéniciens, soucieux d'éliminer la concurrence, améliorent les techniques et, surtout, varient la production en fonction des marchés disponibles.

5. POLITIQUE ET RELIGION
5.1. L’ORGANISATION POLITIQUE
On sait bien peu de chose sur l'organisation politique, hormis le fait qu'à Tyr un gouvernement oligarchique contrôlé par la puissante classe des négociants élimine la monarchie alors que les autres cités-États semblent avoir conservé le principe dynastique. Par ailleurs, bien que le roi tire sa légitimité de sa fonction sacerdotale, il ne régne pas sans partage. Souvent assisté par de hauts fonctionnaires, il doit en outre composer avec un conseil des anciens et une assemblée de citoyens.

5.2. LA RELIGION
La religion des Phéniciens continue celle des Cananéens. La Bible, hostile aux Phéniciens, fut longtemps la principale source d'information concernant leur religion, mais des textes découverts sur le site d'Ougarit en 1929 ont enrichi les connaissances. On admet aujourd'hui que la religion phénicienne, auparavant succinctement définie comme polythéiste, avec autant de panthéons qu'il y avait de cités – Melqart étant le patron de Tyr, Eshmoun celui de Sidon, Dagan celui d'Arados –, est d'une bien plus grande complexité. En effet, les textes d'Ougarit ont révélé l'existence de nombreux mythes rédigés en forme de poèmes épiques ; le plus connu, appartenant à la catégorie des mythes agraires, met en scène Aliyan, dieu des Fleuves, des Sources et des Eaux, et son adversaire Mot, dieu de la Moisson, qui symbolise aussi la chaleur et la sécheresse. Chaque ville possède son panthéon, dominé par une divinité ou un couple divin. Ces mêmes documents ont aussi révélé l'existence d'une cosmogonie originale ; les Phéniciens pensaient l'univers sur le modèle d'une chaîne généalogique de divinités ; ainsi, à la suite du dieu suprême El, venaient Baal, le dieu de la Foudre et des Hauteurs, Aliyan et Mot ; suivaient alors des divinités féminines telles qu'Ashérat, Anat, sœur et maîtresse de Baal, et Ashtart, ou Astarté, déesse-mère et déesse de la Fécondité, que les Carthaginois appellent Tanit. Les Phéniciens conservent des rites très archaïques, prostitution sacrée et sacrifice des enfants (en particulier du fils premier-né).

6. L'ART DES PHÉNICIENS
La civilisation phénicienne, encore mal connue, a apporté, comme on l'a vu, des innovations importantes dans les domaines économique, commercial et culturel. Les Phéniciens, audacieux marins, habiles commerçants, ne semblent pas avoir eu une production artistique à l'égal d'autres peuples méditerranéens, et il n'est pas toujours possible de distinguer sa spécificité car sa principale originalité semble être une remarquable adaptation, si bien que l'art des Phéniciens doit beaucoup à leurs voisins ou à leurs envahisseurs.
Essentiellement composite, l'art phénicien a beaucoup emprunté aux civilisations qui ont eu une influence politique sur la Phénicie. Les deux sites les mieux préservés, Byblos et Ougarit, ont livré un matériel archéologique riche en renseignements sur les IIIe et IIe millénaires, mais très pauvre sur l'époque de gloire de la Phénicie, celle qui commence au xiiie s. avant J.-C. Malgré ces difficultés, on sait aujourd'hui que l'art phénicien est une adaptation, parfois fort réussie, de thèmes et de styles dont l'origine est, selon l'époque et le lieu, mésopotamienne, anatolienne, égyptienne, perse, égéenne ou syrienne. Les Phéniciens furent toutefois d'habiles artisans et architectes.

6.1. DE GRANDS ARTISANS
L'habileté des artisans phéniciens était réputée et contribua grandement à la puissance de cette civilisation. Dans la Bible, le livre des Rois rapporte que le roi Salomon demanda à engager Hirom de Tyr, qui était fils d'une veuve de la tribu de Nephtali et d'un père tyrien : « Hirom acheva tout l'ouvrage qu'il devait faire pour le roi Salomon dans la Maison du Seigneur : les deux colonnes, les volutes des deux chapiteaux qui sont au sommet de ces colonnes, les deux entrelacs pour couvrir les deux volutes des chapiteaux qui sont au sommet des colonnes, les quatre cents grenades pour les deux entrelacs – deux rangées de grenades par entrelacs – pour couvrir les deux volutes des chapiteaux qui sont sur les colonnes, les dix bases et les dix cuves posées sur celles-ci, la Mer avec, sous elle, les douze bœufs, les bassins, les pelles, les bassines à aspersion et tous les autres accessoires. Ce que fit Hirom pour le roi Salomon dans la Maison du Seigneur était en bronze poli. »

6.2. L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE
L'architecture religieuse des Phéniciens comprenait deux types de constructions : les sanctuaires, où l'on honorait les dieux, et les tophet, où l'on sacrifiait les enfants. Des vestiges de tophet ont été trouvés dans les cités phéniciennes de Carthage, de Sousse, de Sicile et de Sardaigne, mais jamais encore en Phénicie même. Les sanctuaires étaient de grands espaces sacrés, entourés d'une enceinte sur laquelle les fidèles érigeaient des autels, des stèles, des ex-voto. Sous l'influence de l'Égypte, les temples phéniciens s'entourèrent de monuments annexes : cours, portiques, bassins, greniers, magasins. Une frise égyptienne représentant des uræi, serpents couronnés du disque solaire, décorait le haut des parois du sanctuaire. À Eshmoun, près de Sidon, c'est l'influence perse qui s'est fait sentir sur le temple (ve s. avant J.-C.) : les chapiteaux sont décorés de protomés de taureaux, comme on en voit à Persépolis. L'architecture civile, construite en brique crue et en argile, a complètement disparu. Ce qu'on en sait provient essentiellement des représentations figurées sur les bas-reliefs assyriens. Enserrées dans des fortifications, les maisons phéniciennes étaient surmontées de terrasses et de coupoles. Les auteurs anciens nous disent que les Phéniciens furent des architectes et des urbanistes habiles.

6.3. LA SCULPTURE
Des stèles, des sarcophages ornés de bas-reliefs et quelques statues donnent une idée de la sculpture phénicienne. Là encore, l'influence égyptienne domine. La stèle cintrée de Yehawmilk, roi de Byblos (ve s. avant J.-C.), adorant une déesse coiffée comme la déesse Hathor ; les naos (partie principale du temple, abritant la statue de la divinité), décorés de disques ailés et d'uræus (frises représentant de façon stylisée le serpent) ; la représentation de sphinx sur de multiples reliefs témoignent de cette manière « égyptisante ». Les Phéniciens ont été les inventeurs du sarcophage à cuve parallélépipédique : le sarcophage du roi de Byblos Ahiram (xiiie s. avant J.-C.) en est le premier exemple connu.

6.4. LE TRAVAIL DU MÉTAL ET DE L'IVOIRE
C'est dans la fabrication de vases en métal et d'objets en ivoire que la production artistique phénicienne semble avoir été la plus originale. Dans toutes les cités phéniciennes on a découvert des « patères » (vases à libations) en or, argent et bronze, dont le décor est somptueux. Certaines de ces coupes figurent des alternances d'animaux, d'hommes, de génies et de démons. D'autres portent des scènes de chasse, de guerre et de rites religieux.

 

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LES MONTAGNES

 

 

 

 

 

 

 

montagne

(latin populaire montanea, féminin du bas latin montaneus, du latin classique montanus, montagneux)

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Élévation naturelle du sol, caractérisée par une forte dénivellation entre les sommets et le fond des vallées.

1. GÉOLOGIE

1.1. LA FORMATION DES MONTAGNES
LES PREMIÈRES THÉORIES DE L'ORIGINE DES RELIEFS

Depuis l’Antiquité, les théories de l’origine des montagnes se succèdent. Ainsi, quelques savants grecs avaient déjà remarqué des pierres ayant la forme de coquillages, dont la présence laissait supposer que les sommets avaient jadis été recouverts par la mer. Ils avaient également souligné les modes d'érosion en observant les fleuves de boues, qui en dévalaient lors des fortes pluies et qui devaient progressivement les user.
Pour le philosophe français René Descartes, au xviie s., les montagnes datent de l'origine de la Terre et sont nées, lors de son refroidissement, de l'effondrement de compartiments de la croûte qui se sont chevauchés les uns les autres du fait du manque de place causé par le rétrécissement global.
C'est avec Horace Bénédict de Saussure, instigateur de la première ascension réussie du mont Blanc, en 1786, que l'approche scientifique des montagnes progresse. Le xixe s. voit s'affronter deux grandes théories : le neptunisme et le plutonisme. Selon la première, les montagnes se seraient formées au fond des mers, alors que, selon la seconde, elles tireraient leur origine du « feu » ou de la chaleur souterraine, qui injecte des granites à l'état liquide. Au xxe s., et jusqu'au début des années 1970, on enseigne que les montagnes proviennent du resserrement d'une succession de cuvettes marines dans lesquelles se sont déposées les couches et au fond desquelles a pu s'effectuer le métamorphisme ; c’ést le concept de géosynclinal.

LA TECTONIQUE DES PLAQUES
TYPOLOGIE ET MOUVEMENT DES PLAQUES

Depuis les années 1970, la théorie de la tectonique des plaques propose un modèle global de fonctionnement de la Terre (volcanisme aérien, volcanisme sous-marin, séismes et dérive des continents) dans lequel s'inscrivent les différents types d’orogenèse. L’enveloppe rigide de la Terre, ou lithosphère, est divisée en plaques qui naissent et se déplacent à la vitesse de quelques centimètres par an. Il existe deux types de nature de plaques : les fonds océaniques, composés de basaltes, et les continents, composés de granites et de roches associées. Seuls les fonds océaniques naissent et disparaissent. Les continents restent toujours présents à la surface, et constituent la mémoire de l'histoire géologique ; cependant, ils se déplacent au gré des mouvements des plaques et peuvent s'écarter, coulisser ou se rapprocher les uns par rapport aux autres.
Les plaques naissent au niveau des dorsales médio-océaniques par volcanisme sous-marin. Des nouvelles laves arrivent par des fissures, se solidifient et augmentent d'autant la surface des planchers océaniques, qui, progressivement, s'écartent de façon symétrique : on parle d'accrétion. Le volcanisme sous-marin met en place, au contact de l'eau, des laves qui prennent la forme caractéristique de coussins : les pillow-lavas. Les plaques disparaissent par subduction. Dans ce phénomène, une plaque plonge sous une autre plaque suivant un plan de coulissage dont les mouvements de frottement occasionnent des séismes violents et la naissance de magmas de composition intermédiaire entre le basalte et le granite: l'andésite. Dans le phénomène de subduction, c'est pratiquement toujours la plaque océanique qui plonge sous la plaque continentale, car, de nature basaltique, elle est plus dense (densité 3) que la plaque continentale granitique (densité 2,7).

L’OROGÉNÈSE
Les montagnes résultent d'une intense déformation de la croûte terrestre engendrée par la convergence de plaques (ou fragments de plaques) lithosphériques, animées de mouvements horizontaux. Plusieurs phénomènes interviennent dans la formation des reliefs. Tout d'abord, les portions de croûte coincées entre deux plaques qui se rapprochent sont, selon les matériaux et la nature des plaques en présence, comprimées et plissées (Atlas, Zagros) ou débitées en larges écailles, qui se superposent pour donner de grands chevauchements ou des nappes de charriage (Alpes, Himalaya). Par ailleurs, l'épaississement de croûte induit par le plissement entraîne une fusion partielle en profondeur et la montée de magmas qui, en cristallisant, augmentent encore l'épaisseur de la croûte (Andes du Pérou, Sierra Nevada aux États-Unis) et engendrent des mouvements verticaux de rééquilibrage (poussée d'Archimède) à l'origine des hauts reliefs. Enfin, la remontée de laves volcaniques en surface peut également accroître l'altitude des sommets (Cascades, Andes de Colombie).

Les massifs anciens comme le Massif central ou les Vosges ont dû connaître un mode de formation similaire à celui des chaînes récentes du type Himalaya, bien qu'aujourd'hui largement effacé par des centaines de millions d'années d'érosion. Leur structure actuelle correspond à des blocs faillés soulevés, interrompus par les compartiments affaissés de la Limagne ou du fossé d'Alsace. L'étirement de la croûte a permis aussi la remontée locale de laves et le développement de formes volcaniques typiques (chaîne des Puys, volcans du Rift africain). Ainsi, les Pyrénées sont nées du coulissage et du pivotement de l'Espagne – le bloc ibérique –, qui n'occupait pas sa position actuelle il y a 150 millions d'années. Les Alpes ont surgi lors de la collision entre l'Italie – petit compartiment détaché de l'Afrique – et le sud de l'Europe. L'Himalaya correspond à la zone du choc entre l'Inde et l'Asie. La cordillère des Andes jalonne la limite entre un continent, l'Amérique du Sud, et un océan, le Pacifique.

LES INDICES DE L'HISTOIRE DES MONTAGNES
LES ROCHES
Les chaînes de montagnes présentent une grande diversité de roches, réparties en quatre grands types : sédimentaire, métamorphique, plutonique et volcanique.

Dans leur grande majorité, les roches sédimentaires, comme les grès (anciens sables), les argiles, les marnes et les calcaires, datent des époques où les actuels domaines montagneux étaient sous la mer. Les fonds marins subissaient alors diverses conditions de sédimentation en fonction de leur profondeur, de leur éloignement des rivages, de la présence de hauts-fonds intermédiaires, des régimes des courants, des climats, etc. La sédimentation calcaire, parfois d'origine corallienne, a créé des couches constituant aujourd'hui les barres calcaires qui marquent les paysages par des plateaux et des falaises souvent abruptes, comme dans l'ensemble des chaînes subalpines.

Dans le contexte des phénomènes de compression d'une orogenèse, des roches d'origines diverses se trouvent enfouies en profondeur et subissent alors des augmentations de pression et de température. Elles se transforment progressivement par métamorphisme : apparaissent un feuilletage appelé schistosité et de nouveaux minéraux comme les grenats. Les principales roches métamorphiques sont les quartzites, les marbres, les schistes, les amphibolites et les gneiss.

Les granites sont des roches plutoniques fréquentes dans les massifs montagneux, surtout quand ils sont anciens. Ils naissent du refroidissement lent de magmas d'une composition chimique différente de celle des laves habituelles (basaltes, andésites, etc.). En se refroidissant, les éléments cristallisent et les minéraux se forment : d'abord les micas, puis les feldspaths, puis le quartz. Les chaînes de montagnes peuvent présenter deux grands types de granites : ceux datant des orogenèses précédentes et qui ont été rehaussés – c'est le cas le plus fréquent –, et ceux contemporains de la chaîne, beaucoup plus rares car actuellement situés en profondeur et non encore visibles. En montagne, il n'est pas rare de rencontrer des fissures contenant des cristaux de quartz. Ces « fours », comme les appellent les cristalliers, se sont formés, à une profondeur d'une dizaine de kilomètres et à une température d'environ 400 à 450 °C, par circulation de fluides riches en silice qui se déposent autour de la fissure ouverte.
Dans les chaînes de montagnes plissées, on peut observer des roches volcaniques qui, selon leurs origines, peuvent être classées en deux groupes principaux : celles qui correspondent à un volcanisme aérien, ancien ou actuel, lié à des phénomènes de subduction de type andin ou japonais, et celles qui ont appartenu au plancher océanique puis ont été portées en altitude par des charriages et des chevauchements lors des collisions continentales ; on parle alors d'ophiolites ou de complexes ophiolitiques.

LES FOSSILES
La présence de fossiles est un indicateur précieux pour reconstituer l'histoire d'une chaîne. Ils sont généralement marins, et permettent à la fois de dater les couches de terrains sédimentaires et de reconstituer les milieux dans lesquels ils vivaient. On retrouve dans l'Himalaya, jusqu'à 5 000 m d'altitude, des fossiles d'ammonites qui datent de l'ère secondaire. De même, à La Mûre (dans le Dauphiné), des fossiles de fougères livrés par des niveaux associés au charbon ont permis de reconstituer le milieu écologique des forêts marécageuses intramontagneuses qui existaient il y a 320 millions d'années, à la fin de la surrection hercynienne, bien avant l'ouverture de l'océan alpin. Les fossiles peuvent également être des traces ou des figures de courants, comme des rides (ripple-marks) sur le sable d'anciennes plages, parfaitement conservées dans des grès du trias datant de 230 millions d'années.

1.2. LES TYPES DE CHAÎNES

TYPES MORPHOLOGIQUES

Les grandes chaînes de montagnes actuelles peuvent être regroupées selon trois types morphologiques majeurs :
Les Andes sont le type même de la chaîne de subduction, formée au contact d'une plaque océanique qui plonge sous un continent. L'épaisseur de la croûte est maximale (70 km). La montagne est bordée par une série de gradins de failles culminant à plus de 5 000 m au niveau de l'Altiplano.

Dans les chaînes de collision comme l'Himalaya, deux continents s'affrontent : le continent mobile ne pouvant plonger sous l'autre (sa croûte est trop légère), il est affecté par de grands cisaillements qui sont déplacés sur des distances considérables (plusieurs centaines de kilomètres) et sont à l'origine de reliefs dissymétriques imposants. L'avant-pays est affecté de plis ou plis-failles, donnant une morphologie de crêtes, monts et vaux si l'érosion est peu avancée (Siwalik de l'Himalaya), ou de reliefs contraires de combes et vaux perchés en cas de dissection poussée (Préalpes).

Les chaînes intracontinentales (à l'intérieur d'un continent) résultent du contrecoup de collisions plus lointaines. De type plissé, elles se forment au niveau de zones de faiblesse, par serrage de bassins sédimentaires (Haut Atlas marocain) ou par coulissage et compression le long de chaînes décrochantes (Tian Shan).
Si on s'en tient au simple aspect géographique, on peut distinguer trois principaux types de montagnes : les chaînes plissées, les structures massives et les systèmes volcaniques.

La plupart des chaînes de montagnes récentes sont des chaînes plissées, dans les reliefs desquelles on peut distinguer des plissements, des failles, des chevauchements anormaux et des charriages (déplacements horizontaux sur plusieurs kilomètres, voire plusieurs dizaines de kilomètres, de secteurs géologiques complets) plus ou moins importants. Les Alpes, l'Himalaya, la chaîne du Zagros (en Iran), l'Atlas marocain ou le Jura montrent de telles structures plissées ; celles-ci témoignent des mécanismes de raccourcissement, dus aux collisions des plaques qui les ont fait naître.
Les structures massives caractérisent plus généralement d'anciennes montagnes, usées, qui ont été de nouveau soulevées lors d'événements tectoniques récents. De grandes failles délimitent des unités plus ou moins importantes dont le relief a été rajeuni. C'est le cas du Massif central ou des Vosges. Les compartiments soulevés forment un horst alors que les zones affaissées dessinent un graben, ou fossé d'effondrement, comme la plaine de la Limagne, entre l'Auvergne et le Forez.

Le troisième type de montagnes correspond au volcanisme. Ainsi, les monts du Kenya (en Afrique équatoriale), les sommets de l'Islande (dans l'Atlantique Nord) ou l'île de la Réunion (dans l'océan Indien) présentent une origine strictement volcanique, par accumulation des laves et des projections. De même, le mont Ararat (à la frontière entre la Turquie et l'Iran) est une montagne volcanique, de 5 000 m d’altitude, isolée dans le paysage.
Cependant, plusieurs types d'origines peuvent s'ajouter les uns aux autres. Les montagnes du Hoggar (au cœur du Sahara) correspondent à un dôme granitique sur lequel sont venues se surimposer des manifestations volcaniques. Dans les Andes, des volcans forment souvent des sommets élevés qui se superposent à l'ensemble de la structure plissée de la chaîne.

TYPES GÉOGRAPHIQUES
Les grandes chaînes de montagnes actuelles se répartissent géographiquement suivant deux grandes lignes principales bien définies à la surface de la Terre :
– Les chaînes péripacifiques sont associées à de fortes activités sismiques et volcaniques : les cordillères américaines, de l'Amérique du Sud à l'Alaska, jalonnent une limite entre continent et océan chaînes de du Pacifique Ouest se répartissent suivant un chapelet d'îles: Kamtchatka, Japon, Indonésie, Nouvelle-Guinée, Nouvelle-Zélande.
– Les chaînes alpines s'étendent du Maroc jusqu'au Sud-Est asiatique. Elles s'inscrivent à l'intérieur des structures continentales et comprennent l'Atlas, les Pyrénées, les Alpes, les chaînes dinariques et turques, le Caucase, les montagnes d'Iran et d'Afghanistan, l'Himalaya et les chaînes de Birmanie.

1.3. PRINCIPALES STRUCTURES GÉOLOGIQUES
Nées pour la plupart de la convergence de deux plaques tectoniques, les chaînes de montagnes montrent des structures qui témoignent des raccourcissements subis par des régions entières.

LES FAILLES
Les contraintes exercées sur les roches peuvent provoquer leur fracturation et le coulissage d'un des compartiments rocheux par rapport à l'autre. On peut distinguer deux principaux types de failles : les failles normales, dont le compartiment situé au-dessus du plan de faille s'est affaissé, et les failles inverses, dont le compartiment situé au-dessus du plan de faille s'est soulevé et est venu chevaucher les terrains sous-jacents. Les failles normales, datant de l'ouverture de l'océan, qui a précédé la formation de la chaîne, traduisent des contraintes d'extension, et les failles inverses, se formant lors des phases de rapprochement et de collision, résultent des contraintes de compression. Ces accidents ne sont généralement pas isolés, mais groupés en réseaux; ceux-ci peuvent délimiter des compartiments de socle dont les uns se soulèvent (horst) alors que les autres s'affaissent (graben). Les massifs cristallins externes des Alpes (Mont-Blanc, Belledonne, Pelvoux, Argentera) ont été soulevés en altitude par un ensemble de failles.

LES PLIS ET LES CHEVAUCHEMENTS

Les plissements sont des déformations souples des roches formées en profondeur (les terrains situés au-dessus ont été ensuite décapés par l'érosion, laissant apparaître des plis dans le paysage actuel) et dessinant des courbes et des ondulations plus ou moins régulières, symétriques ou déversées. La partie creuse du pli se nomme synclinal, la partie bombée anticlinal. L'érosion peut jouer sur les plissements et venir créer des structures particulières, comme les synclinaux perchés. Ce type de relief naît quand les anticlinaux qui étaient de part et d'autre du pli ont été plus fortement érodés que ce dernier. C'est le cas du désert de Platé, à l'ouest du massif du Mont-Blanc (en Haute-Savoie).
Les contraintes latérales, qui font naître les plis, peuvent être si fortes que ceux-ci se déversent, s'étirent et se cassent. Si les contraintes de raccourcissement continuent, la partie supérieure du pli et toute la couche qui suit peuvent se déplacer sur des dizaines de kilomètres. On parle alors de nappes de charriage. Il est parfois difficile de retrouver la zone de départ et les racines d'origine de la nappe. De grandes nappes de charriage caractérisent les structures des Alpes internes : nappes ultra-helvétiques en Suisse, nappe des schistes lustrés à la frontière franco-italienne, nappe du flysch à helminthoïdes dans la région d'Embrun (Hautes-Alpes) et plus au sud. Dans la complexité des mouvements orogéniques, les phénomènes de charriage peuvent parfois s'inverser et venir disposer les roches dans un ordre totalement inverse de celui de leur dépôt. On rencontre de telles structures dans les Alpes, comme à Ceillac (dans le Queyras), où les roches sont disposées à l'envers : les niveaux du crétacé sont à la base de la montagne, les niveaux plus anciens du jurassique sont au-dessus, et ceux du trias constituent les sommets.


Les grands chevauchements correspondent à des compartiments entiers de la chaîne de montagnes et de son socle lithosphérique qui passent par-dessus d'autres terrains sur plusieurs kilomètres d'épaisseur. Ils forment ainsi de véritables écailles de croûte terrestre. De cette façon, le haut Himalaya chevauche le moyen Himalaya, qui lui-même chevauche la plaine du Gange (en Inde).

2. GÉOGRAPHIE

2.1. LES PRINCIPAUX SOMMETS DU MONDE
LES PRINCIPAUX SOMMETS DU MONDE

2.2. L'ÉROSION EN MONTAGNE

Les montagnes sont aux prises, dès qu'elles commencent à s'élever, avec les forces de destruction, qui deviennent de plus en plus mordantes à mesure que l'édifice grandit. En altitude, les violents contrastes de température peuvent disloquer les roches ou accentuer leur porosité, en préparant ainsi l'action du gel ; celui-ci dilate l'eau qui imprègne les vides, et fait éclater les assises, dont les débris roulent sur les pentes en éboulis. L'eau courante intervient à son tour, s'empare des matériaux épars, qui accroissent sa charge, creuse ainsi le sillon d'un torrent qui balafre le flanc de la montagne. Le rôle de la neige et celui de la glace sont aussi importants. La neige glissant des crêtes s'accumule dans les fonds, où elle se transforme en glace ; celle-ci fait reculer les parois des cavités où elle s'amasse, et les aménage en cirques, dont les rebords jointifs s'aiguisent en arêtes, puis en aiguilles. Débordant des cirques, la glace progresse dans les vallées en énormes fleuves qui modèlent les formes du sillon où ils s'engagent ; là aussi, les parois sont redressées, tandis que le fond s'élargit, donnant à la vallée glaciaire la forme d'une « auge ».
Ainsi l'érosion modifie les formes originelles, en fonction de l'altitude, de la nature des roches, de la disposition des assises et du type de climat. Plus le volume saillant est considérable, plus l'érosion est puissante, et plus la montagne sera déchiquetée et évidée. Si la roche offre peu de joints où peut se glisser le gel, elle résistera mieux que celle qui est « gélive » ; des assises dures et solidement liées seront moins aisément entamées par l'eau courante ou par le flot de glace. Certaines roches sont moins sensibles que d'autres à l'érosion chimique. Des plis serrés et disloqués exposent aux attaques des roches variées, et facilitent la désintégration. Enfin, le climat tient un rôle capital. Dans les régions tempérées fraîches, tous les facteurs érosifs sont réunis pour travailler activement ; les variations brusques de température, le gel, la puissance des eaux et des glaces combinent leurs effets pour ciseler la montagne. Les hautes terres des régions désertiques, où l'eau courante est trop rare pour entraîner les abondants produits de la « desquamation », s'ensevelissent peu à peu sous leurs propres débris. Les régions tropicales assorties d'une forte saison humide juxtaposent les chicots rocheux laissés par l'érosion chimique, et de formidables tranchées d'érosion. À peine nés, les grands volcans tropicaux sont griffés de « barrancos », qui érodent leurs flancs.

2.3. LE CLIMAT
TEMPÉRATURES
L'altitude affecte d'abord les températures : à 100 m de montée correspond une diminution moyenne de 0,6 °C : ainsi, à 1 000 m d'altitude, la température est inférieure de 6 °C à celle du niveau de la mer. Toutefois, les versants exposés au soleil (« soulanes » pyrénéennes, « adrets » alpins) sont, à altitude égale, plus chauds que les versants à l'ombre, les « ubacs ». De plus, aux saisons fraîches, lorsque l'air froid, plus lourd, vient s'accumuler en bas, les pentes souffrent moins des gelées que les dépressions qu'elles dominent. La température moyenne annuelle de l'air baisse en fonction de l'altitude ; en contrepartie, le sol reçoit une irradiation plus forte et s'échauffe davantage. Mais, à l'ombre ou la nuit, le sol se refroidit facilement, car l'air, peu dense, permet une déperdition de chaleur plus importante que celle observée en plaine : on peut avoir en montagne une alternance de gel nocturne et de fortes chaleurs diurnes. Ce phénomène est plus intense dans les montagnes équatoriales, où la durée de la nuit est presque égale à celle du jour, et cela toute l'année ; ce n'est pas le cas dans nos régions où, l'été, la période d'éclairement journalier est très longue par rapport à la période obscure.

VENTS

Par ailleurs, la montagne est affectée de vents d'un type particulier, qui peuvent modifier les températures. Lorsqu'un imposant flux d'air dépendant de la circulation atmosphérique générale traverse une chaîne, il est, à la descente, canalisé avec violence dans les vallées ; il s'échauffe, fait monter rapidement les températures et dévore la neige : c'est le chinook des Rocheuses (aux États-Unis), le fœhn des Alpes. En été, le soleil fait s'élever sur les pentes, en fin de matinée, les couches d'air ; il en résulte un appel d'air du bas vers le haut, qui remonte les vallées, parfois avec impétuosité, et qui tempère, sur les versants, les chaleurs estivales ; en revanche, pendant la nuit, l'air redescend les pentes et suit les vallées en brises fraîches.

HUMIDITÉ
Cependant, avec l'abaissement de la température, l'influence capitale de la montagne sur le climat est le renforcement de l'humidité. Les masses d'air que la circulation atmosphérique dirige vers les hautes terres se refroidissent en montant, et, dès lors, condensent leur humidité, qui se résout en pluie et en neige. Aussi la montagne est-elle toujours plus arrosée que les terres basses qui l'avoisinent. Les hautes terres sont de véritables châteaux d'eau ; mais, souvent, les eaux sont « mises en réserve », pendant un temps, sous forme de neige ou de glace. En dehors des latitudes polaires, les glaciers sont aujourd'hui localisés seulement dans les montagnes, et cela jusque dans les régions tropicales, pourvu que l'altitude soit suffisante. Ainsi alimentés, les cours d'eau montagnards sont d'une rare abondance ; les puissants débits sont d'ailleurs soumis à des saccades dès que la neige et la glace concourent à leur alimentation. Ils se réduisent à l'extrême l'hiver, lorsque les précipitations atmosphériques tombent sous forme solide, mais sont grossis au printemps avec la fonte des neiges. Ils restent soutenus l'été si des glaciers sont tapis dans les hauts bassins.

2.4. LA VÉGÉTATION
DE L’IMPORTANCE DU CLIMAT
Le paysage végétal change selon l'altitude, chaque niveau portant un « étage de végétation » (ou « ceinture végétale ») caractéristique. Cette diversité est provoquée essentiellement par les conditions climatiques.
En effet, plus on s'élève, plus l'air se raréfie et moins il retient les radiations solaires. L'importance du rayonnement en montagne accentue donc en altitude les effets de l'exposition, surtout aux latitudes moyennes, bien plus que vers l'équateur où le soleil est presque au zénith : les flancs des vallées au soleil portent des landes à genêts, des pins sylvestres, des chênes, tandis que le versant à l'ombre porte des sapins.

Les précipitations créent, l'hiver, un manteau neigeux qui, dans les Alpes françaises, est d'une durée de quatre mois à 1 000 m, de six à 1 500 m, de sept à 1 800 m et de neuf à 2 400 m, et raccourcit d'autant la période végétative. Mais, suivant les facteurs topographiques, cette durée moyenne varie beaucoup ; ainsi, sur certaines crêtes ventées, la couverture neigeuse peut être faible et courte, alors que, dans certaines dépressions abritées, la neige peut, à moyenne altitude, persister tout l'été et permettre l'installation d'un tapis végétal dont la microflore, chionophile, est adaptée à une vie prolongée sous la couverture de neige (saules nains, soldanelles). Ce tapis neigeux crée une surcharge pondérale qui peut provoquer brisures et arrachements lorsque des paquets de neige glissent. Mais cette couche neigeuse a aussi une action bénéfique sur la végétation, en la protégeant des gelées, qui détruisent les organes non aoûtés s'ils ne sont pas protégés, ce qui explique le nanisme de certains arbustes (rhododendrons), dont seuls les rameaux protégés par la neige peuvent supporter le climat hivernal. Ainsi, les pentes exposées au nord ont une végétation arbustive bien fournie, car le manteau neigeux la met à l'abri des alternances de gel et de dégel, si fréquentes au printemps sur les faces exposées au sud.

Enfin, l'humidité atmosphérique, assez élevée dans l'étage montagnard (1 000 m-1 600 m), crée à ce niveau une zone très fréquente de brouillards et de nuages (mer de nuages) qui, dans les Alpes et les Pyrénées, permet l'installation de forêts bien fournies (hêtres, sapins). Dans les étages subalpin et alpin, au contraire, l'humidité atmosphérique diminue nettement, d'où la grande limpidité de l'air. L'intensité lumineuse, qui y est moins filtrée qu'en basse altitude, est dans l'ultraviolet quatre fois plus intense qu'au bord de la mer ; elle est peut-être un facteur déterminant de certaines particularités morphologiques et physiologiques : faible longueur des entre-nœuds, couleur très vive des espèces de haute altitude. Le rayonnement cosmique, dix fois plus important à 6 000 m qu'au niveau de la mer, pourrait avoir une action déterminante en augmentant fortement le taux des mutations.
Le vent est aussi un facteur d'une importance biologique considérable, car il dessèche les végétaux non protégés par la neige et détruit, par son action brutale, les jeunes bourgeons ou les jeunes pousses, réduisant ainsi la taille de certaines espèces ou donnant à d'autres une forme en « drapeau » (anémomorphose).

LES ÉTAGES DE VÉGÉTATION (MONTAGNES DU BASSIN MÉDITERRANÉEN)

Étagement de la faune et de la flore en montagne (Alpes).
Ces conditions climatiques déterminent, suivant l'altitude, les étages de végétation, parmi lesquels on distingue, en France :
1° un étage collinéen (de 0 à 600-700 m), qui, dans la région méditerranéenne, est caractérisé par la présence de chênes-lièges, de pins d'Alep et, au-dessus, par des peuplements de chênes verts ;
2° un étage montagnard (entre 600-700 m et 1 600 m), qui est surtout le domaine du hêtre, accompagné suivant les régions du pin sylvestre ou, comme en Corse, à la base de cet étage, du pin laricio. Dans les Pyrénées orientales, le sous-bois de la hêtraie est peuplé de myrtilles, de luzules et d'aspérules, qui peuvent évoluer vers la lande (à buis sur sol calcaire ou à genêts sur sol siliceux). Dans la partie centrale des Pyrénées, plus sèche que la partie orientale, la hêtraie fait place aux peuplements de pins sylvestres avec des sous-bois de raisin d'ours (busserole) ; les landes sont peuplées de genêts et de genévriers communs ;
3° un étage subalpin (1 600 m-2 400 m), qui possède surtout des peuplements de pins à crochets formant, dans les Pyrénées, de belles forêts. À cet étage, dans les massifs centraux des Alpes, à climat plus continental, le mélèze remplace le hêtre ; on y trouve également le pin cembrot et l'épicéa, qui, lors de leur migration au cours du quaternaire, n'ont pu atteindre les Pyrénées ; l'aulne vert est encore assez fréquent à ce niveau. Cet étage subalpin est aussi occupé par de grands peuplements d'arbustes : rhododendrons, myrtilles et genévriers nains, ainsi que par des pelouses à fétuques et à Carex sempervirens . De nombreux oiseaux comme les pics ou les tétras vivent à cette altitude ;

4° un étage alpin, absent des massifs externes des Alpes, est surtout défini par l'absence d'arbres et par un appauvrissement très net de la flore. Les pelouses y tiennent donc une grande place ; sur sol acide, elles sont surtout caractérisées par Carex curvula et par Carex firma sur les sols calcaires. Dans les Alpes, la petite renoncule des glaciers est la plante qui atteint la plus forte altitude (4 270 m) ; deux mousses ont été retrouvées à 4 400 m au mont Rose, deux lichens se rencontrent encore à 4 700 m dans le massif du Mont-Blanc. C'est aussi le domaine de prédilection d'animaux caractéristiques tels que les chamois, les bouquetins, les choucas, les marmottes ou les perdrix des neiges, appelées lagopèdes.
Cette schématisation des étages est la même dans toutes les montagnes entourant le bassin méditerranéen, comme les Apennins, les Alpes dinariques, les chaînes de la péninsule balkanique et d'Anatolie, le Caucase et les chaînes d'Afrique du Nord. Mais, pour chaque région, la flore sera particulière, au moins en partie.

LES ÉTAGES DE VÉGÉTATION (AUTRES ÉCOSYSTÈMES)
Ailleurs dans le monde, les étages de végétation n’ont pas les mêmes caractéristiques.

HIMALAYA
La chaîne himalayenne, dans sa partie méridionale, la plus arrosée, porte une végétation extrêmement riche et une très grande variété dans les peuplements, qui s'étagent sur plus de 4 500 m. À la limite de la plaine cultivée, le terai correspond à une jungle marécageuse couverte de roseaux et de hautes herbes ; dans certaines parties sèches se localise une forêt claire avec un riche sous-bois de buissons et de hautes herbes rigides. Au-dessus, dans la zone où les condensations sont les plus importantes, existe une superbe forêt tropicale à bambous (plus de 30 m), aux arbres géants couverts d'épiphytes et de lianes ; vers 1 500 m, on rencontre une forêt où les essences tropicales sont en mélange avec des chênes, des bouleaux, des érables et des ronces. Entre 2 000 et 3 000 m, on trouve de belles forêts d'arbres à feuilles caduques (chênes, châtaigniers, noyers, bouleaux), avec de remarquables peuplements de magnolias ; ces arbres sont également couverts d'épiphytes (orchidées), de mousses et de lichens gorgés d'humidité. Au-dessus de 2 700 m, le sapin argenté est de plus en plus fréquent. À cette altitude apparaissent les rhododendrons, qui vont prédominer dans l'étage subalpin, zone qui, au fur et à mesure que l'on s'élève, devient de plus en plus sèche. Dans la zone alpine (4 000 à 5 000 m), on retrouve encore des rhododendrons ; la steppe alpine culmine vers 5 500 m dans les vallées intérieures.

MONTAGNES ROCHEUSES

Dans les Rocheuses méridionales, la forêt occidentale mésophile est caractérisée, dans son niveau inférieur, par des peuplements de pins (Pinus ponderosa), avec des sous-bois à genévriers et diverses graminées xérophiles jusqu'à 2 400 m. Au-dessus, les précipitations sont de l'ordre de 500 mm et le sapin de Douglas domine progressivement. Vers 3 000 m, on trouve une forêt d'épicéas avec un sous-bois d'airelles ; au-dessus de 3 500 m, l'étage supraforestier est une prairie alpine rase et dense, composée essentiellement de cypéracées (kobresia), avec de nombreuses plantes naines à feuilles en rosette ou en coussin, à grandes fleurs très colorées (gentianes, primevères, saxifrages, myosotis) présentant les caractéristiques de la flore alpine.

MEXIQUE
Au Mexique, dans les basses plaines du golfe, jusqu'à 800 m, on est en présence d'un étage tropical humide où se rencontrent des ficus, des palmiers, des dendropanax, avec des épiphytes ; au-dessus, l'étage semi-tropical, jusqu'à 2 000 m, est caractérisé par des feuillus (chênes verts, arbousiers) ; entre 2 000 et 4 000 m se situe un étage froid où l'on peut distinguer, de la base au sommet, un sous-étage à pins, chênes et cyprès, un deuxième à Abies religiosa très humide, et enfin un troisième peuplé de pins qui, vers 4 000 m, sont de moins en moins abondants, et de genévriers ; les hauts sommets sont couverts de prairies à graminées, lupins et eryngiums ; les neiges éternelles commencent à 4 500 m.
CORDILLÈRE DES ANDES

Dans le nord de l'Amérique du Sud, le pied des montagnes est couvert par la forêt ombrophile, à laquelle fait suite une forêt humide subtropicale, qui se termine à 2 500 m. Au-dessus, la ceja est une forêt rabougrie très dégradée. À partir de 3 300 m et sur une dénivellation de 1 000 m, on rencontre une formation humide, le páramo, dominée par les graminées, avec des broméliacées et des composées. Les hauts sommets correspondent à un étage alpin et sont caractérisés par des plantes en coussins (azorella), qui peuvent vivre encore à 5 100 m. Dans les Andes, vers le 38e degré de latitude, apparaît la forêt d'araucarias (Araucaria imbricata), à laquelle font suite, entre le 39e et le 40e degré, de 700 à 1 100 m, la forêt de hêtres à feuilles pérennes (Nothofagus pumila) et un sous-bois de bambous ; plus au sud, au 50e degré, on trouve le Nothofagus antarctica, dont les derniers éléments culminent vers 900 m.

AFRIQUE ÉQUATORIALE
En Afrique équatoriale, en particulier dans le Ruwenzori, on trouve jusqu'à 1 000-1 200 m une formation hygrophile, obscure et à nombreuses lianes et épiphytes ; au-dessus, vers 1 600-1 700 m, succède à cette forêt une sorte de parc-savane qui précède, vers 2 000 m, une savane à très hautes graminées ; entre 2 200 et 3 000 m, on retrouve une forêt de montagne à podocarpus, fougères arborescentes et bambous ; vers 3 500 m, la température s'abaisse fortement et la nébulosité augmente ; on découvre là une brousse à bruyères arborescentes et à fougères, couverte de lichens pendant des branches ; des sphaignes y forment un épais matelas spongieux ; entre 3 500 m et 4 000 m se localise, sous un climat plus sec que l'on peut comparer à celui de l'étage subalpin de nos montagnes, une étrange formation, unique au monde, de seneçons arborescents, de lobelias géants, accompagnés d'éricacées et d'immortelles. Enfin, à partir de 4 000 m, l'étage alpin terminal est caractérisé par une prairie rase, où vivent des espèces peu éloignées de celles de l'Europe (fétuques, paturins, renoncules, gentianes, primevères, achillées, hélichrysums, etc.). Au-dessus de 4 800 m, il n'y a plus que les neiges éternelles et les glaciers.
ASIE DU SUD-EST
En Asie du Sud-Est, aux Philippines et en Indonésie, jusqu'à 1 200 m, on est en présence de la forêt ombrophile très dense, et, au-delà, d'une forêt de feuillus à feuilles épaisses (lauracées, myrtacées, magnoliacées), des palmiers lianoïdes, des fougères arborescentes et de nombreux peuplements de bambous. Au-dessus de 2 500 m apparaît une forêt basse, aux arbres tordus et nains, à laquelle succèdent d'épaisses broussailles aux petites feuilles et un maquis à rhododendrons qui correspond à l'étage subalpin. Plus haut se situe un étage alpin avec primevères, gentianes, potentilles...

2.5. LA MONTAGNE ET L'HOMME

Toutes les activités de montagne sont affectées par la pente, surtout l'agriculture, qui doit s'accommoder de versants raides, où il faut parfois étager les champs en terrasses, remonter la terre qui a glissé. Dans certains pays, faute de chemins, tout doit être exécuté à bras, travaux et transports. Par ailleurs, les glissements de terrain, les éboulements et les chutes de pierre constituent un danger fréquent ; lorsqu’ils se combinent avec de violentes averses ou de brutales fusion de neige, ils accroissent les ravages des eaux : les ravins griffent le sol, les lits des torrents charrient d'énormes masses de matériaux et, dans les vallées, l'inondation peut provoquer des ravages. Enfin, la neige cloître les hommes et leurs bêtes dans les demeures, déchaîne des avalanches.
Pourtant, la montagne possède de nombreux attraits. Grâce à ses replis, elle constitue notamment un refuge, dont les difficultés d'accès rebutent l'assaillant. En outre, elle possède un air vif et salubre (qui attire les populations), des alpages (qui permettent la transhumance du bétail), de belles forêts, des eaux abondantes (dont l'énergie est exploitée pour des activités industrielles) et recèle des filons métallifères. C’est pourquoi très rares sont les montagnes restées dépeuplées ; il en est même où les hommes sont plus nombreux que dans les dépressions voisines, comme en Kabylie, dominant la vallée de la Soummam, ou au Liban, au-dessus de la Beqaa.

LA VIE EN MONTAGNE
Le relief entraîne de grandes dépenses d'énergie. Il disperse aussi les étendues exploitables en emplacements presque toujours restreints et souvent difficilement accessibles. Enfin, la saison au cours de laquelle peuvent s'effectuer les travaux est brève.

Les paysans des hautes terres ont donc vécu en véritables nomades, parcourant sans cesse les divers étages de leur terroir, grimpant aux alpages et redescendant aux champs, possédant souvent plusieurs demeures à des paliers différents, où l'on s'installe pour quelques semaines, telles les « remues » de Savoie. Se posait le problème de la longue saison morte, où il fallait subsister sans rien produire ; ils l'ont résolu par l'émigration temporaire.
Cet équilibre séculaire s'est rompu depuis le milieu du xixe s., dans les montagnes des pays tempérés. Pénétrés par des voies ferrées et des routes, ces massifs se sont trouvés aux prises avec le monde moderne, tout en ne disposant que de méthodes surannées. L'émigration saisonnière vers les terres basses a disparu depuis que le colportage n'est plus rentable et que les machines agricoles dispensent de recourir à la main-d'œuvre montagnarde ; dès lors, les hautes régions se sont trouvées surpeuplées, car leur médiocre agriculture était hors d'état d'assurer à elle seule la subsistance d'une population trop nombreuse. L'émigration définitive a pris le relais des départs temporaires.

L'hydroélectricité, puis le tourisme ont partiellement compensé cette évolution. Depuis 1869, on tire parti de la force des torrents ; la montagne s'est garnie de centrales qui fournissent une énergie considérable, et une partie de cette puissance a pu être utilisée sur place, dans des usines de transformation où s'emploie la main-d'œuvre locale. Mais ces industries ne peuvent s'installer que dans quelques vallées privilégiées, bien pourvues de moyens de transport. Le tourisme est venu à la rescousse, et des foules de plus en plus nombreuses envahissent la montagne, été comme hiver. Houille blanche, industrialisation et tourisme, s'ils ont limité globalement le dépeuplement (c'est particulièrement vrai dans les Alpes françaises du Nord), ont surtout contribué à concentrer cette population sur des sites privilégiés (développement spectaculaire des villes comme Grenoble et Annecy en France, ou Innsbruck, en Autriche), souvent d'ailleurs à la périphérie ou presque des massifs. Demeure le problème du maintien d'une population à vocation au moins partiellement agricole, permettant la sauvegarde du milieu naturel, que menace d'ailleurs parfois le développement « sauvage » du tourisme de masse. La création de parcs ou réserves, nationaux et régionaux, répond à ce souci.

L'ENJEU TOURISTIQUE
L’ATTRAIT DE LA MONTAGNE

C'est sans doute à Jean-Jacques Rousseau que l'on doit les premiers textes célébrant le côté merveilleux de la nature en montagne. À la fin du xviiie s., Horace Bénédict de Saussure, savant genevois, écrit Voyages dans les Alpes. Quelques années plus tard, les premiers voyageurs anglais font leur apparition dans la vallée de Chamonix afin de découvrir le mont Blanc. Cependant, au xixe s., les touristes sont encore rares, et seuls quelques alpinistes osent s'aventurer en haute montagne. À la fin du xixe et au début du xxe s., on construit les premiers grands hôtels à Chamonix et à Zermatt (en Suisse). C'est aussi de cette époque que datent les premiers chemins de fer à crémaillère. Le tramway du Montenvers permet d'accéder à la mer de Glace, tandis que le plus élevé des Alpes est celui de la Jungfrau (en Suisse) ; il monte, sous terre, dans la face nord de l'Eiger au-dessus d'Interlaken, jusqu'à 3 500 m d’altitude.

LE DÉVELOPPEMENT DES SPORTS D’HIVER

Le grand essor touristique dans les Alpes date des années 1950 et 1960 pour deux raisons principales : la généralisation des congés payés et l'augmentation du niveau de vie, d'une part; le développement des sports d'hiver, avec un engouement généralisé pour le ski, d'autre part. Les années 1970 ont vu la construction des grandes stations de ski intégrées, comme Tignes, Flaine ou Les Arcs, alors que d'autres stations, comme Chamonix ou Zermatt, datant de la fin du xixe s. dernier, se sont transformées progressivement pour s'adapter à l'évolution de la fréquentation touristique. Depuis 1970, l'« or blanc » est devenu une véritable manne pour l'activité économique des montagnes, créant des emplois dans le bâtiment, les travaux publics, la maintenance des exploitations, l'hôtellerie et le commerce. Les Alpes ne sont pas les seules à bénéficier de l'attrait touristique : les montagnes Rocheuses (aux États-Unis) connaissent aussi un afflux de visiteurs, notamment étrangers, en particulier dans les grands parcs nationaux.

DE NOUVELLES ACTIVITÉS

Cependant, depuis le début du xxie s., on assiste à un ralentissement des sports d'hiver. D'autres formes de loisirs prennent le relais : nouvelles activités sportives (parapente, canyoning, hydrospeed), tourisme sportif, marche en montagne, découverte de la nature, activités nautiques sur les lacs de barrage en basse altitude, etc. En outre, depuis les années 1980, le trekking s'est développé également dans les montagnes lointaines : cette activité consiste à randonner à pied, accompagné par des guides locaux, sur les chemins de l'Himalaya, des Andes ou d'ailleurs, à la découverte de paysages grandioses et de populations vivant encore avec des coutumes et selon des rythmes ancestraux.

LES RISQUES NATURELS

Par la vigueur des reliefs, la verticalité des pentes et l'activité tectonique profonde, les montagnes sont un terrain de prédilection pour les avalanches, chutes de pierres, catastrophes glaciaires, coulées boueuses, éboulements des faces, inondations, séismes et autres risques naturels.

Quand le manteau neigeux devient trop épais et trop lourd, il se fissure dans sa partie haute, se détache de sa zone d'accrochage et emporte dans sa chute une masse de neige plus ou moins importante. Malgré les prévisions météorologiques et la surveillance de l'état de la neige, les avalanches restent un danger important. Elles provoquent, en moyenne, la mort de 100 personnes par an dans les Alpes françaises.
En haute montagne, les fissures sont imbibées d'eau. Les alternances de gel et de dégel déstructurent progressivement les roches. Il suffit alors d'une forte période de sécheresse ou, à l'inverse, d'une très grande pluviosité pour déstabiliser des pans entiers de falaise. En 1970, au Pérou, l'éboulement du Huascarán a déplacé une masse de 10 millions de mètres cubes de roches ; on estime que certains rochers de plusieurs centaines de tonnes se sont déplacés avec une vitesse de pointe de plus de 300 km/h. Même à petite échelle, les éboulements rocheux qui affectent les parois constituent un véritable péril, en particulier pour les alpinistes.


Les glaciers présentent parfois aussi un danger pour les habitants situés en aval. Des poches d'eau peuvent se développer sous leur langue, grossir, rester captives quelques années puis rompre brusquement, comme celle du glacier de Tré-la-Tête, qui, au début du xxe s., a provoqué la destruction d'une partie de la ville de Saint-Gervais-les-Bains (en Haute-Savoie).
La forme étroite et encaissée des vallées de certaines régions peut donner aux cours d'eau un pouvoir très dévastateur en cas de fortes pluies. De très nombreuses maisons sont ainsi emportées en période de mousson dans l'Himalaya. Une catastrophe de ce type a eu lieu en France en juin 1957, dans la vallée du Queyras, balayée par le gonflement du Guil : des centaines de maisons ont détruites, les villages et les terres agricoles ravagés.

 

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